Pokémon Soleil et Lune : Alola, la fin des Arènes et les Ultra-Chimères
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3189 mots | Temps de lecture : 15 minute(s)
Vingt ans après le premier jeu, la série a fait ce que personne n'attendait : supprimer les Arènes. À la place, des Épreuves, des créatures géantes qui appellent des renforts, des Pokémon connus repeints par leur nouvelle île, et des failles dans le ciel par lesquelles entrent des créatures venues d'ailleurs.
Sommaire
- Nintendo 3DS, novembre 2016 : le cadeau des vingt ans
- Alola, quatre îles et une île artificielle
- La Tour des Îles remplace les Arènes
- Les Pokémon Dominants, des boss à part entière
- Les formes d'Alola, ou comment recycler avec génie
- Capacités Z, Motisma-Dex et adieu aux CS
- Starters, gardiens et Pokémon-astres
- Ultra-Brèches et Ultra-Chimères
- Les exclusivités de version, et douze heures d'écart
- Ce qui a marqué les joueurs, et ce qu'il en reste
- Pokémon Soleil et Lune en un coup d'œil
- Questions fréquentes
Nintendo 3DS, novembre 2016 : le cadeau des vingt ans
Pokémon Soleil et Pokémon Lune sortent le 18 novembre 2016 au Japon, en Amérique du Nord, en Australie et en Corée du Sud, puis le 23 novembre 2016 en Europe. Ils tournent sur Nintendo 3DS et Nintendo 2DS, et ouvrent la septième génération sur cette famille de consoles.
Ces jeux sont l'aboutissement de l'année anniversaire de la licence, lancée en 1996 sur Game Boy. Après vingt ans de badges et d'Arènes, Game Freak a choisi de fêter la date en cassant la formule plutôt qu'en la célébrant à l'identique.
Ils introduisent 81 nouveaux Pokémon, portant le total connu de 721 à 802 espèces. Le chiffre remonte nettement par rapport à la génération précédente, et il s'accompagne d'un second procédé : réutiliser des Pokémon anciens en leur donnant une apparence locale.
Le public a suivi : 16,34 millions d'exemplaires selon les chiffres de Nintendo arrêtés au 31 mars 2026, deuxième meilleur score de la série sur Nintendo 3DS derrière X et Y.
Alola, quatre îles et une île artificielle
Alola s'inspire ouvertement d'Hawaï : plages, volcans, forêts humides, marché nocturne et culture insulaire. La région se compose de quatre îles naturelles — Mele-Mele, Akala, Ula-Ula et Poni — auxquelles s'ajoute une île artificielle, le Paradis Æther.
Le héros y débarque en tant que nouvel arrivant, ce qui change tout le regard : on découvre les coutumes locales en même temps que lui, et les habitants prennent le temps de les expliquer. Cette position d'étranger justifie le rythme très posé de la première heure de jeu.
L'intrigue tourne autour de Lilie, une jeune fille discrète qui transporte dans son sac une créature inconnue, et de la Fondation Æther, organisation de protection des Pokémon dont les intentions se révèlent nettement plus troubles qu'annoncé.
En face, la Team Skull tient le rôle de la petite frappe : une bande de jeunes désœuvrés, souvent drôles, qui n'ont ni plan mondial ni idéologie. Ce sont des ratés attachants, et la série n'avait jamais osé une organisation aussi peu menaçante.
On y croise aussi Nikolaï, le savant de la Team Plasma passé chercheur indépendant, preuve que la série assume désormais de faire voyager ses personnages d'une région à l'autre.
La Tour des Îles remplace les Arènes
Pas de badges, pas de gymnases : Alola pratique la Tour des Îles, un rite de passage que suivent les jeunes de l'archipel. Il se compose d'Épreuves organisées par des Capitaines, puis de Grandes Épreuves remportées contre le Doyen de chaque île.
Soleil et Lune comptent sept Épreuves, et elles ne sont pas que des combats. Il faut repérer l'intrus dans une série de danses, cuisiner un plat, photographier des silhouettes ou retrouver des ingrédients : chacune a ses propres règles, ce qui casse la répétition des huit arènes.
Les Capitaines s'appellent Althéo, Néphie, Kiawe, Barbara, Chrys et Margie. Ce sont de jeunes dresseurs, pas des institutions : on les croise en dehors de leur Épreuve, ils ont une vie et des embarras, et ce rapport d'égal à égal tranche avec les Champions d'Arène.
Chaque île est ensuite gardée par un Doyen : Pectorius à Mele-Mele, Alyxia à Akala, Danh à Ula-Ula et Paulie à Poni. Les affronter, c'est précisément passer la Grande Épreuve, qui donne accès à l'île suivante — le vrai équivalent du badge.
Les Pokémon Dominants, des boss à part entière
Chaque Épreuve se conclut par un Pokémon Dominant : un spécimen surdimensionné, entouré d'une aura orangée, dont toutes les statistiques sont renforcées d'entrée de jeu. Ce n'est pas un dresseur que l'on affronte, mais une créature sauvage installée en maîtresse des lieux.
Sa particularité est d'appeler des alliés en renfort pendant le combat, ce qui transforme chaque affrontement en duel à un contre deux permanent. Il faut donc gérer les soins, les changements et la priorité, là où un Champion d'Arène se battait à la loyale.
Le bestiaire est mémorable : Argouste et Rattatac sur Mele-Mele, Froussardine, Malamandre et Floramantis sur Akala.
Ula-Ula aligne Lucanon et surtout Mimiqui, tandis que Poni referme le parcours avec Ékaïser ; Tarenbulle, Ossatueur, Togedemaru et Rubombelle n'entreront en scène qu'avec Ultra-Soleil et Ultra-Lune. Attention au vocabulaire : la version française dit Pokémon Dominant, jamais « Totem ».
Les formes d'Alola, ou comment recycler avec génie
L'idée est simple et n'avait jamais été explorée : un Pokémon installé depuis des générations dans un autre climat finit par changer d'apparence, de type et de comportement. Alola en propose dix-huit variantes régionales, toutes issues de la première génération.
Certaines sont devenues des classiques instantanés. Goupix et Feunard passent du feu à la glace, Feunard y ajoutant le type Fée ; Sabelette et Sablaireau troquent le désert contre la montagne enneigée.
D'autres sont franchement inquiétantes : l'Ossatueur d'Alola devient Feu et Spectre et manie un os enflammé, tandis que Noadkoko pousse jusqu'à culminer à 10,9 mètres, avec une tête supplémentaire au bout de la queue.
Le procédé règle un vieux problème de la série : comment renouveler l'intérêt de créatures vues mille fois. Il a été si bien reçu que chaque génération suivante a repris l'idée avec ses propres variantes régionales.

Capacités Z, Motisma-Dex et adieu aux CS
La mécanique vedette s'appelle la capacité Z. Un dresseur équipé du bracelet adapté et un Pokémon portant le Cristal Z correspondant peuvent déclencher, une seule fois par combat, une attaque surpuissante accompagnée d'une chorégraphie. Certains Cristaux Z sont réservés à une espèce précise.
Le Pokédex prend vie sous la forme du Motisma-Dex : un Motisma s'installe dans l'appareil, commente le voyage, indique la direction à suivre et distribue des conseils. C'est le premier compagnon bavard de la série, et il ne se tait jamais très longtemps.
Grande libération : les capacités secrètes disparaissent. Plus besoin de sacrifier un emplacement d'attaque pour Coupe ou Surf, puisque les Poké-Montures permettent d'appeler à la demande un Pokémon spécialisé pour franchir chaque obstacle. Aucun jeu ultérieur n'est revenu en arrière.
S'y ajoutent deux modules de confort sur l'écran du bas : l'un permet de soigner les états spéciaux, brosser et câliner ses Pokémon après un combat, l'autre envoie les pensionnaires de la Réserve récolter des objets et gagner de l'expérience sur un archipel annexe, même quand on ne joue pas.
Enfin, l'aventure abandonne les combats en triple et les combats rotatifs au profit d'affrontements plus lisibles, avec un indicateur d'efficacité affiché dès que l'on connaît déjà l'espèce adverse. C'est plus accueillant pour les débutants, et cela a nourri le reproche récurrent d'une difficulté trop douce.

Starters, gardiens et Pokémon-astres
Le trio de départ compte parmi les plus aimés de la série : Brindibou, une chouette Plante et Vol, Flamiaou, un chaton de feu, et Otaquin, une otarie clownesque. Leurs évolutions finales, Archéduc, Félinferno et Oratoria, prennent des directions volontairement inattendues.
Alola est protégée par quatre divinités gardiennes, une par île : Tokorico à Mele-Mele, Tokopiyon à Akala, Tokotoro à Ula-Ula et Tokopisco à Poni. Tous partagent le type Fée et un talent qui installe un champ de terrain dès leur entrée.
Les mascottes naissent d'un même œuf. Cosmog, la petite nébuleuse confiée par Lilie, devient Cosmovum puis, selon la version, Solgaleo le lion solaire ou Lunala la chauve-souris lunaire. Le joueur élève lui-même sa mascotte, ce qui est unique dans la série.
Reste Necrozma, prisme noir tapi en fin de partie, presque muet ici. Il n'occupera vraiment le devant de la scène qu'un an plus tard. Les fabuleux Magearna et Marshadow s'obtiennent par distribution événementielle, avant Zeraora, Meltan et Melmetal qui refermeront la génération.
Ultra-Brèches et Ultra-Chimères
Le grand apport d'écriture de Soleil et Lune, c'est l'idée d'un ailleurs. Des Ultra-Brèches s'ouvrent dans le ciel d'Alola et laissent passer des créatures venues d'un autre monde, que l'on appelle les Ultra-Chimères.
Elles ne ressemblent à rien de connu : Zéroïd la méduse de verre, Cancrelove la blatte mannequin, Câblifère le faisceau de câbles, Bamboiselle la fusée de bambou ou Katagami, un origami tranchant. La série n'avait jamais dessiné aussi bizarre.
Soleil et Lune en comptent sept, avec Mouscoto et Engloutyran pour compléter la liste. Toutes sont recensées sous des matricules avant d'avoir un nom, et la Fondation Æther les traite comme des spécimens de laboratoire.
Un objet leur est dédié : l'Ultra Ball, à ne pas confondre avec l'Hyper Ball. Elle a un excellent taux de réussite sur les Ultra-Chimères et un taux catastrophique sur absolument tout le reste, ce qui en fait la Ball la plus spécialisée jamais créée.

Les exclusivités de version, et douze heures d'écart
Le partage principal concerne les mascottes : Cosmovum devient Solgaleo dans Pokémon Soleil et Lunala dans Pokémon Lune. Les Ultra-Chimères suivent : Mouscoto et Katagami côté Soleil, Cancrelove et Bamboiselle côté Lune.
Les formes d'Alola se répartissent elles aussi : Goupix se trouve dans Soleil, Sabelette dans Lune. S'y ajoutent des espèces locales opposées, comme Quartermac et Boumata face à Gouroutan et Draïeul.
La différence la plus originale ne concerne pourtant aucun Pokémon : dans Pokémon Lune, l'horloge du jeu est décalée de douze heures par rapport à celle de la console. Jouer l'après-midi, c'est jouer en pleine nuit dans le jeu.
Ce décalage n'est pas un gadget : il change les Pokémon rencontrés, certaines évolutions et l'ambiance de l'archipel. Deux joueurs qui avancent côte à côte ne voient donc littéralement pas le même ciel.
Ce qui a marqué les joueurs, et ce qu'il en reste
Le premier souvenir, c'est l'écriture. Le parcours de Lilie, ses rapports familiaux et la fin du jeu ont ému un public qui n'attendait pas cela de la série. Beaucoup considèrent encore Soleil et Lune comme le scénario le plus abouti des jeux principaux.
Le deuxième, c'est le rythme. Les dialogues sont longs, le Motisma-Dex interrompt souvent, et l'aventure prend son temps avant de laisser jouer. Ce sont les reproches les plus répétés, y compris chez ceux qui aiment ces jeux.
Le troisième, ce sont les Pokémon Dominants. Les combats à un contre deux, les renforts incessants et les auras ont donné des affrontements réellement pénibles à gagner, ce qui n'était plus arrivé depuis longtemps dans une aventure principale.
L'héritage est bien visible. Les formes régionales sont devenues une constante de la série, les capacités secrètes ne sont jamais revenues, et l'idée de mondes parallèles ouverts par des brèches a nourri toute la suite de la septième génération.
Quant à Alola, elle reste la région préférée d'une partie du public pour son atmosphère de vacances. Prolonger le voyage à la maison passe volontiers par le rayon peluches ou la sélection légendaires, où Solgaleo et Lunala tiennent la vedette.
Pokémon Soleil et Lune en un coup d'œil
| Élément | Détail |
|---|---|
| Console | Nintendo 3DS et Nintendo 2DS |
| Sortie Japon, Amérique du Nord, Australie, Corée du Sud | 18 novembre 2016 |
| Sortie Europe | 23 novembre 2016 |
| Génération | Septième, région d'Alola |
| Inspiration de la région | Hawaï : quatre îles naturelles plus le Paradis Æther |
| Nouveaux Pokémon | 81, portant le total connu de 721 à 802 |
| Grande rupture | Plus d'Arènes : la Tour des Îles, ses sept Épreuves et ses Grandes Épreuves |
| Capitaines d'Épreuve | Althéo, Néphie, Kiawe, Barbara, Chrys et Margie |
| Doyens | Pectorius, Alyxia, Danh et Paulie |
| Boss d'Épreuve | Les Pokémon Dominants, agrandis et capables d'appeler des renforts |
| Formes régionales | Dix-huit formes d'Alola, toutes issues de la première génération |
| Mécanique de combat | Les capacités Z, une seule par combat, avec Cristal Z et bracelet |
| Starters | Brindibou, Flamiaou et Otaquin |
| Légendaires | Solgaleo (Soleil), Lunala (Lune), les quatre divinités gardiennes et Necrozma |
| Ventes | 16,34 millions d'exemplaires au 31 mars 2026 |
Questions fréquentes
-
Pourquoi n'y a-t-il pas d'Arènes dans Pokémon Soleil et Lune ?
Alola pratique un rite local, la Tour des Îles, qui remplace entièrement le circuit des badges. Le joueur enchaîne sept Épreuves organisées par des Capitaines, puis affronte le Doyen de chaque île lors d'une Grande Épreuve. Les Épreuves ne sont pas que des combats : il faut aussi cuisiner, photographier, repérer un intrus ou retrouver des ingrédients. -
Qu'est-ce qu'un Pokémon Dominant ?
C'est le boss qui conclut chaque Épreuve : un Pokémon sauvage surdimensionné, entouré d'une aura, dont les statistiques sont renforcées dès le début du combat et qui appelle des alliés en renfort. On affronte donc en permanence deux adversaires à la fois. En version française, le terme officiel est bien Pokémon Dominant, et jamais « Totem ». -
Que sont les Ultra-Chimères et les Ultra-Brèches ?
Les Ultra-Brèches sont des failles qui s'ouvrent dans le ciel d'Alola et relient la région à un autre monde. Les Ultra-Chimères sont les créatures qui en sortent : Zéroïd, Mouscoto, Cancrelove, Câblifère, Bamboiselle, Katagami et Engloutyran, soit sept espèces dans Soleil et Lune. Une Ball leur est dédiée, l'Ultra Ball, très efficace sur elles et presque inutile sur tout le reste. -
Combien y a-t-il de formes d'Alola ?
Dix-huit, toutes tirées de la première génération. Le principe veut qu'un Pokémon installé depuis des générations sous un autre climat finisse par changer d'apparence, de type et de comportement : Goupix et Feunard passent du feu à la glace, Ossatueur devient Feu et Spectre, et Noadkoko pousse jusqu'à culminer à 10,9 mètres. -
Quelle est la différence entre Pokémon Soleil et Pokémon Lune ?
Cosmovum devient Solgaleo dans Soleil et Lunala dans Lune. Les Ultra-Chimères se partagent aussi, avec Mouscoto et Katagami côté Soleil, Cancrelove et Bamboiselle côté Lune, tout comme les formes d'Alola de Sabelette et de Goupix. Surtout, l'horloge de Pokémon Lune est décalée de douze heures par rapport à celle de la console. -
Faut-il encore apprendre les capacités secrètes dans Soleil et Lune ?
Non, et c'est l'une des grandes libérations de ces jeux. Les capacités secrètes disparaissent au profit des Poké-Montures : on appelle à la demande un Pokémon spécialisé pour franchir chaque obstacle, sans sacrifier d'emplacement d'attaque dans son équipe. Aucun jeu de la série n'est revenu en arrière depuis.
En résumé
Soleil et Lune sont les jeux du grand écart : ils fêtent vingt ans de série en jetant par-dessus bord son symbole le plus solide, les Arènes, et en le remplaçant par un rite insulaire, des boss sauvages et des créatures venues d'un autre monde.
Trop bavards pour certains, trop faciles pour d'autres, ils ont pourtant laissé derrière eux les formes régionales, la fin des capacités secrètes et l'un des récits les plus touchants jamais écrits pour la licence.