Pokémon Diamant Étincelant et Perle Scintillante : le dossier complet
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3467 mots | Temps de lecture : 17 minute(s)
Quinze ans après la sortie japonaise de Diamant et Perle, Sinnoh est revenue le 19 novembre 2021 sous une forme que personne n'attendait vraiment : des personnages en chibi, un studio extérieur aux commandes, et une fidélité au jeu d'origine poussée si loin qu'elle est devenue le sujet principal des discussions. Voici l'histoire de ces remakes, ce qu'ils contiennent réellement, et la confusion tenace qu'il faut lever une bonne fois pour toutes à leur sujet.
Sommaire
- La console et le contexte : Sinnoh pour les vingt-cinq ans
- Le parti pris : la fidélité jusqu'au style chibi
- Sinnoh, le Mont Couronné et la Team Galaxie
- Le point à retenir : c'est Diamant et Perle, pas Platine
- Ce que les remakes apportent malgré tout
- Starters, dragons et légendaires de Sinnoh
- Les exclusivités de version
- Ce qui a marqué les joueurs
- Héritage : deux Sinnoh à deux mois d'écart
- Diamant Étincelant et Perle Scintillante en un coup d'œil
- Questions fréquentes
La console et le contexte : Sinnoh pour les vingt-cinq ans
Pokémon Diamant Étincelant et Perle Scintillante sont annoncés lors du Pokémon Presents du 26 février 2021, à la veille du Pokémon Day et du vingt-cinquième anniversaire de la franchise, en même temps que Légendes Pokémon : Arceus. Les deux jeux sortent mondialement le 19 novembre 2021 sur Nintendo Switch.
Ils occupent une place particulière dans la huitième génération : ce sont les deuxièmes RPG principaux du cycle, coincés entre Épée et Bouclier d'un côté et Légendes Arceus de l'autre. Cette année-là, Sinnoh a donc reçu deux jeux à deux mois d'intervalle, avec deux philosophies opposées.
Surtout, une rupture s'opère en coulisses. Pour la première fois dans l'histoire de la série principale, les jeux ne sont pas développés par GAME FREAK mais par le studio japonais ILCA. La réalisation est partagée entre Junichi Masuda côté GAME FREAK et Yuichi Ueda côté ILCA.
Le cahier des charges est annoncé sans ambiguïté dès la présentation. Le directeur des opérations de The Pokémon Company, Takato Utsunomiya, décrit des « remakes fidèles » de Diamant et Perle, simplement optimisés pour la Switch et enrichis des fonctionnalités de confort des jeux modernes. Tout le débat qui suivra tient dans ce mot : fidèles.

Le parti pris : la fidélité jusqu'au style chibi
Le choix esthétique le plus commenté est visible dès la première seconde de jeu. Hors combat, le monde est vu du dessus avec des personnages aux proportions chibi, un style totalement inédit pour la série principale, pensé pour rappeler la lisibilité des sprites de la Nintendo DS.
En combat, en revanche, les modèles reprennent des proportions normales. Ce grand écart visuel a divisé le public : certains y ont vu une déclaration d'amour à l'original, d'autres un rendu de figurine en plastique, très loin des paysages sombres et pluvieux qu'ils gardaient en mémoire.
La fidélité ne s'arrête pas au dessin. Les cartes sont reproduites case pour case, les dresseurs occupent les mêmes emplacements, et surtout les Capacités Secrètes retrouvent leur rôle de clés de progression, avec Coupe, Force, Surf, Escalade et Cascade indispensables pour avancer.
ILCA a toutefois désamorcé la corvée principale de l'époque : la Capsule Secrète devient un logiciel de la Pokémontre. Le joueur convoque un Pokémon sauvage qui exécute la Capacité Secrète à sa place, sans avoir à sacrifier une case de capacité dans son équipe. C'est le meilleur compromis du jeu entre fidélité et confort.
Autre indice de ce parti pris, et il est parlant : le Pokédex de Sinnoh compte 151 entrées, exactement comme dans Diamant et Perle, de Tortipouss à Manaphy. L'élargissement à 210 espèces introduit par Platine n'a pas été repris.
Sinnoh, le Mont Couronné et la Team Galaxie
L'aventure commence à Bonaugure, sur les traces de Louka ou d'Aurore, en compagnie d'un rival remuant et d'un Professeur Sorbier tout aussi pressé. Sinnoh est une région coupée en deux par le Mont Couronné, une chaîne enneigée qui la traverse du nord au sud et qui sert de colonne vertébrale au récit.
La mythologie locale est la plus dense de la série. Sinnoh raconte la création du monde par un être primordial, puis l'apparition du temps et de l'espace, incarnés par deux dragons. Les trois lacs de la région abritent chacun un gardien : Créhelf, Créfollet et Créfadet, esprits du savoir, de l'émotion et de la volonté.
C'est précisément ce que convoite l'antagoniste. Hélio, chef de la Team Galaxie, juge le monde irrémédiablement gâté par les sentiments humains et veut en créer un nouveau, débarrassé de l'esprit et du cœur. Notre dossier sur la Team Galaxie détaille ce projet, l'un des plus glaçants de la série.
Pour y parvenir, Hélio capture les trois gardiens des lacs, forge la Chaîne Rouge à partir de leur pouvoir et s'en sert au sommet du Mont Couronné pour invoquer le dragon de la version jouée. La confrontation finale a lieu à la Colonne Lance, dans un décor de ruines battues par le vent.
Reste ensuite la Ligue Pokémon et sa Maître, Cynthia, considérée par beaucoup comme la plus redoutable de toute la série. Son équipe rassemble six Pokémon aux types complètement décorrélés et se conclut sur un Carchacrok devenu légendaire dans la mémoire des joueurs, comme le raconte notre panorama des Champions d'Arène et Conseils 4.
Le point à retenir : c'est Diamant et Perle, pas Platine
C'est la confusion la plus répandue au sujet de ces jeux, et elle mérite une réponse nette : Diamant Étincelant et Perle Scintillante rejouent la trame de Diamant et Perle, pas celle de Platine. Les remakes ne sont pas une version augmentée : ils sont le retour du texte d'origine.
Les conséquences sont concrètes. Un seul dragon domine le scénario — Dialga dans Diamant Étincelant, Palkia dans Perle Scintillante — là où Platine les faisait apparaître tous les deux et donnait le premier rôle à un troisième larron.
Ce troisième larron, c'est Giratina, et il n'intervient pas dans l'histoire. Le Monde Distorsion est purement et simplement absent : ni le passage où le sol se dérobe, ni la poursuite d'Hélio dans un décor à l'envers, ni la conclusion réécrite de Platine ne figurent au programme.
Giratina est bien capturable, mais en fin de parcours. Comme dans Diamant et Perle, la Grotte du Retour n'apparaît qu'une fois le Pokédex National obtenu, et le Pokémon Renégat y attend le joueur sous sa Forme Alternative, sans le moindre habillage scénaristique.
Il serait faux, en revanche, de dire que rien de Platine n'a survécu. Les remakes ont repris plusieurs de ses ajouts : les formes de Motisma, la Forme Originelle de Giratina et la Forme Céleste de Shaymin, ainsi que le retour de Pokémon événementiels manqués à l'époque. La règle est simple : les objets de Platine oui, son scénario non.
Ce que les remakes apportent malgré tout
L'ajout le plus substantiel se trouve sous terre. Le Souterrain de Sinnoh devient les Grands Souterrains, un réseau élargi où l'on continue de creuser fossiles et sphères, mais qui abrite surtout des Cachettes de Pokémon : de vastes salles où les créatures se promènent visiblement, dans l'esprit des Terres Sauvages de Galar.
C'est là que se joue une grande partie de l'intérêt post-scénario. Les Cachettes donnent accès à des espèces absentes de la surface, y compris des lignées d'autres générations, et rendent la constitution d'une équipe variée bien plus rapide que sur Nintendo DS. Les amateurs de Pokémon fossiles y trouvent aussi leur bonheur.
Le Parc des Amis laisse place au Parc Rosa Rugosa, une zone où l'on rencontre des légendaires des générations précédentes en présentant des tablettes, elles-mêmes échangées contre des Éclats Étranges dénichés sous terre. C'est la porte d'entrée du jeu vers les Pokémon légendaires et fabuleux hors Sinnoh.
Les Concours reviennent sous le nom de Super Show Concours, avec une bascule de fond : l'apparence et la performance priment désormais sur la puissance brute des capacités. Les Poffins se cuisinent au Square Paisible, qui accueille jusqu'à six Pokémon de compagnie, Évoli et ses évolitions inclus.
Côté connectivité, la GTS cède la place à la Station MEM, où seuls les échanges miracles sont possibles. C'est un net recul par rapport à l'original, et ce fut l'un des reproches les plus fréquents des joueurs venus pour compléter leur Pokédex à distance.
Starters, dragons et légendaires de Sinnoh
Le trio de départ est celui de 2006, dans le désordre le plus classique : Tortipouss, la petite tortue au bonsaï sur le dos, Ouisticram, le singe à la queue enflammée, et Tiplouf, le manchot orgueilleux. Les trois gagnent un second type en évoluant, ce qui n'a rien d'automatique dans la série.
Les deux mascottes sont des divinités. Dialga incarne le temps et Palkia l'espace, chacun attaché à sa version et à sa capacité signature. Chacun attend le joueur au sommet du Mont Couronné, dans sa propre version, une mise en scène qui reste, quinze ans après, l'un des sommets narratifs de la série.
Autour d'eux gravite l'une des collections de légendaires les plus fournies de tous les jeux : le trio des lacs, Heatran au Mont Abrupt, Regigigas au fond du Temple de Frimapic, Cresselia qui fuit à travers la région. Regigigas ne se réveille qu'avec les trois Colosses de Hoenn dans l'équipe, condition d'origine de la quatrième génération.
Les fabuleux complètent le tableau : Darkrai, Shaymin, Manaphy et, tout en haut de la mythologie, Arceus lui-même. Sinnoh reste la région où la religion Pokémon est la plus explicite, un terrain que détaille notre dossier sur les légendes et mythologies régionales.
Les exclusivités de version
Le partage entre les deux cartouches reprend celui de 2006, avec quelques ajustements. Le principe reste inchangé : il faut être deux pour compléter le Pokédex, comme le rappelle notre dossier sur les Pokémon exclusifs de version.
Diamant Étincelant réserve la lignée de Chenipan, celle d'Abo, Caninos et Arcanin, Insécateur et Cizayox, Élekable, Corboss, Kranidos et Charkos, ainsi que la lignée d'Embrylex jusqu'à Tyranocif. Le Fossile Crâne y donne la lignée offensive, celle des cornes.
Perle Scintillante répond avec la lignée d'Aspicot, celle de Sabelette, Goupix et Feunard, Roigada et Scarabrute, Maganon, Magirêve, Dinoclier et Bastiodon, et la lignée de Draby jusqu'à Drattak. Le Fossile Armure y donne la lignée défensive, celle du bouclier.
Le partage s'étend même aux légendaires importés. Les fauves de Johto — Raikou, Entei, Suicune — et Ho-Oh sont réservés à Diamant Étincelant, tandis que les oiseaux de Kanto — Artikodin, Électhor, Sulfura — et Lugia reviennent à Perle Scintillante. Le Parc Rosa Rugosa hérite donc lui aussi de la règle, détaillée dans notre guide des trios et duos légendaires.
Ce qui a marqué les joueurs
L'accueil critique a été le plus tiède de la génération : 73 sur 100 de moyenne Metacritic, très en deçà des standards de la série. Le reproche est presque toujours le même — un remake si respectueux qu'il en devient timide, sans le liant de contenu qu'apportait Platine.
Deux absences ont particulièrement pesé. Ni la Méga-Évolution ni le Dynamax n'existent dans ces jeux, alors que les deux mécaniques avaient marqué les épisodes précédents. Les remakes s'en tiennent au moteur de combat classique, ce qui a paru austère à ceux qui venaient d'Épée et Bouclier.
Le public, lui, a répondu présent. Six millions d'exemplaires écoulés dès la première semaine, puis 15,06 millions au 31 décembre 2022 selon les chiffres publiés par Nintendo. Mis en regard des 14,68 millions de Rubis Oméga et Saphir Alpha, cela place Sinnoh loin devant les remakes de Hoenn, mais dix mille exemplaires derrière les 15,07 millions de Let's Go, Pikachu et Let's Go, Évoli, eux aussi des remakes.
Une communauté inattendue s'est aussi emparée du jeu : celle du speedrun. La fidélité au code d'origine, combinée à quelques failles bien à eux, a fait des remakes un terrain de jeu réputé pour ses manipulations de mémoire, avec des parcours capables de terminer l'aventure en une poignée de minutes.
Reste enfin le sentiment qui domine chez les joueurs de 2006 : la bande-son réorchestrée, la neige de la Route 216, la montée vers la Colonne Lance. Ces remakes valent surtout pour ce qu'ils ravivent, et c'est aussi pour cela qu'on les défend.
Héritage : deux Sinnoh à deux mois d'écart
Le destin de ces remakes s'est joué au calendrier. Deux mois après leur sortie, Légendes Pokémon : Arceus proposait une autre Sinnoh, celle de Hisui, avec une formule entièrement repensée. La comparaison a été immédiate, et elle n'a pas été tendre.
Avec le recul, on comprend mieux la logique : les deux jeux ne s'adressaient pas au même public. L'un offrait la conservation quasi muséale d'un classique, l'autre l'expérimentation la plus radicale de la série. Notre dossier sur Légendes Pokémon : Arceus et Z-A détaille le second versant.
Le précédent le plus durable est industriel. Confier un RPG principal à ILCA a ouvert la porte à une production Pokémon à plusieurs studios, une nécessité devenue évidente au vu du rythme de sortie de la franchise. La question de savoir si ce modèle est un bien ou un mal se pose encore.
Reste que ces remakes ont réintroduit Sinnoh auprès de toute une génération qui n'avait jamais touché à la Nintendo DS. Les Grands Souterrains ont facilité l'accès aux Pokémon surpuissants comme Carchacrok ou Drattak, et Cynthia est devenue un mythe pour un public qui ne l'avait jamais affrontée. Nos peluches Pokémon et figurines comptent d'ailleurs beaucoup de vedettes de la région.

Diamant Étincelant et Perle Scintillante en un coup d'œil
| Élément | Détail |
|---|---|
| Sortie mondiale | 19 novembre 2021, sur Nintendo Switch |
| Développeur | ILCA, Inc., une première pour un RPG principal |
| Réalisation | Partagée entre Junichi Masuda et Yuichi Ueda |
| Génération | Huitième, remakes de Diamant et Perle (2006) |
| Région | Sinnoh, coupée en deux par le Mont Couronné |
| Trame suivie | Celle de Diamant et Perle, pas celle de Platine |
| Dragon de couverture | Dialga dans Diamant Étincelant, Palkia dans Perle Scintillante |
| Giratina | Post-scénario, dans la Grotte du Retour, sans Monde Distorsion |
| Éléments de Platine repris | Formes de Motisma, Forme Originelle de Giratina, Forme Céleste de Shaymin |
| Pokédex de Sinnoh | 151 entrées, de Tortipouss à Manaphy, comme en 2006 |
| Starters | Tortipouss, Ouisticram et Tiplouf |
| Nouveautés majeures | Grands Souterrains, Parc Rosa Rugosa, Super Show Concours, Station MEM |
| Mécaniques absentes | Ni Méga-Évolution, ni Dynamax |
| Ventes | 15,06 millions d'exemplaires au 31 décembre 2022 selon Nintendo |
| Accueil critique | 73 sur 100 de moyenne Metacritic |
Questions fréquentes
-
Diamant Étincelant et Perle Scintillante suivent-ils l'histoire de Platine ?
Non. Ils rejouent la trame de Diamant et Perle. Un seul dragon domine le scénario, Dialga dans Diamant Étincelant et Palkia dans Perle Scintillante, et le Monde Distorsion est absent. Quelques ajouts de Platine ont toutefois été conservés, comme les formes de Motisma, la Forme Originelle de Giratina et la Forme Céleste de Shaymin. -
Peut-on capturer Giratina dans ces remakes ?
Oui, mais après le scénario. Comme dans Diamant et Perle, la Grotte du Retour n'apparaît qu'une fois le Pokédex National obtenu, et Giratina y attend sous sa Forme Alternative. Il n'intervient à aucun moment dans l'histoire principale. -
Qui a développé Pokémon Diamant Étincelant et Perle Scintillante ?
Le studio japonais ILCA, Inc. C'est la première fois dans l'histoire de la série principale qu'un RPG Pokémon n'est pas développé par GAME FREAK. La réalisation a été partagée entre Junichi Masuda, de GAME FREAK, et Yuichi Ueda, d'ILCA. -
Que sont les Grands Souterrains ?
C'est la version élargie du Souterrain de Sinnoh. On y creuse toujours fossiles et sphères, mais le réseau abrite en plus des Cachettes de Pokémon, de vastes salles où les Pokémon se promènent visiblement et où l'on rencontre des espèces absentes de la surface. -
Y a-t-il la Méga-Évolution ou le Dynamax dans ces jeux ?
Ni l'un ni l'autre. Les remakes s'en tiennent au moteur de combat classique de la quatrième génération, sans Méga-Évolution et sans Dynamax, ce qui a été l'un des principaux reproches de la critique. -
Combien Diamant Étincelant et Perle Scintillante se sont-ils vendus ?
Six millions d'exemplaires dès la première semaine, puis 15,06 millions au 31 décembre 2022 selon les chiffres publiés par Nintendo. C'est davantage que les 14,68 millions de Rubis Oméga et Saphir Alpha, mais dix mille exemplaires de moins que les 15,07 millions de Let's Go, Pikachu et Let's Go, Évoli, eux aussi des remakes.
En résumé
Diamant Étincelant et Perle Scintillante sont des jeux qu'il faut aborder pour ce qu'ils sont : une restitution presque muséale de Diamant et Perle, allégée de ses corvées les plus datées, mais volontairement privée des ajouts de Platine. Qui attend le Monde Distorsion sera déçu ; qui veut retrouver Sinnoh telle qu'elle était en 2006 y trouvera exactement son compte.
Le contexte a beaucoup joué contre eux. Sortis deux mois avant Légendes Pokémon : Arceus, qui réinventait la même région, ils ont eu le mauvais rôle. Quinze millions de joueurs ont malgré tout revu la neige tomber sur la Route 216, et c'était bien le but.