Kyurem Noir, artwork de Pokémon Noir 2 et Blanc 2

Pokémon Noir 2 et Blanc 2 : les seules vraies suites de la série

3240 mots | Temps de lecture : 16 minute(s)

Il n'existe qu'un seul cas dans toute l'histoire des jeux Pokémon : deux versions qui reprennent la même région, les mêmes visages et la même intrigue, non pas pour les raconter autrement, mais pour raconter ce qui s'est passé ensuite. Noir 2 et Blanc 2 sont ces jeux-là, et la série n'a jamais retenté l'expérience depuis.

Sommaire


Une Nintendo DS pour un adieu, en pleine ère 3DS

Les versions Noire 2 et Blanche 2 sortent le 23 juin 2012 au Japon, le 7 octobre 2012 en Amérique du Nord, le 11 octobre en Australie et le 12 octobre 2012 en Europe. À cette date, la Nintendo 3DS est déjà commercialisée depuis plus d'un an : la série principale fait donc ses adieux à la Nintendo DS avec une génération de retard sur le matériel du moment.

Ce choix n'a rien d'un accident. Rester sur DS, c'est garantir que les deux cartouches se parlent : le joueur peut brancher son ancienne partie de Noir ou de Blanc et récupérer des scènes, des Pokémon et des souvenirs. La continuité matérielle est ici un choix d'écriture autant qu'un choix technique, et elle aurait été impossible en changeant de console.

Sur 3DS, les jeux tournent en mode DS, sans relief ni haute résolution. Le rendu reste celui de 2010, avec ses décors en fausse perspective et ses sprites animés — une direction artistique que beaucoup considèrent encore aujourd'hui comme le sommet de la 2D Pokémon, juste avant le grand basculement vers la 3D.

Commercialement, le pari était risqué : une suite se vend rarement autant qu'un nouvel opus. Les deux titres ont tout de même atteint 8,52 millions d'exemplaires d'après le relevé publié pour décembre 2014, un score honorable pour une fin de vie de console mais nettement en retrait des originaux.


Unys deux ans plus tard : une région que l'on croyait connaître

L'aventure démarre à Pavonnay, une bourgade du sud-ouest d'Unys que le premier jeu ne montrait jamais. Le message est clair dès l'écran-titre : on n'entre pas dans la région par la même porte, et la carte s'est étendue là où il n'y avait rien.

Deux ans se sont écoulés depuis les événements de Noir et Blanc. Le nord d'Unys s'est couvert de glace, des quartiers entiers ont changé d'allure, et les habitants évoquent la crise précédente comme un souvenir déjà rangé. Le Chrono-Lien permet même, en connectant une cartouche de Noir ou de Blanc, de débloquer des cinématiques qui comblent l'entre-deux.

L'intrigue tient en une phrase : la Team Plasma s'est brisée en deux. Une partie a suivi N et renoncé à la violence ; l'autre est restée fidèle à Ghetis, qui a troqué le discours moralisateur du premier jeu contre un projet nu — geler Unys avec Kyurem et régner sur ce qu'il en restera.

À ses côtés se tient Nikolaï, un savant froid qui n'a aucune conviction politique : il veut seulement savoir jusqu'où on peut pousser la puissance d'un Pokémon, et la Team Plasma lui offre un laboratoire. Son Cliticlic reste l'un des adversaires les plus redoutés de l'aventure.

Le rival, lui, ne rêve pas de devenir Maître. Il traîne une rancune très concrète : le Chacripan de sa petite sœur a été volé par la Team Plasma, et il compte bien le reprendre. Cette motivation intime tranche avec les rivaux habituels de la série, qui veulent surtout gagner.


Ce que Noir 2 et Blanc 2 apportent à la série

La nouveauté la plus commentée s'appelle le Pokéwood : un studio de cinéma où le joueur tourne des films en choisissant ses répliques et ses attaques, avec des scénarios allant du film de monstres au mélodrame. C'est du combat déguisé en mise en scène, et rien d'équivalent n'est revenu depuis.

Le Pokémon World Tournament est l'autre grand morceau. Ce tournoi permet d'affronter les Champions d'Arène et les Maîtres de toutes les régions précédentes, réunis pour la première et unique fois dans un même jeu. Pour les joueurs de longue date, c'est un musée vivant de quinze ans de série.

Les Trouées Cachées disséminées dans Unys donnent accès à des objets rares et surtout à des Pokémon porteurs de leur talent caché, sans passer par un événement en ligne. Le système des Médailles, lui, transforme chaque petit exploit en récompense collectionnable, bien avant que les succès ne deviennent la norme.

Deux modes de difficulté font aussi leur apparition : l'un renforce les équipes adverses, l'autre les affaiblit. Ils se débloquent et se transmettent d'une cartouche à l'autre via un système de clés, ce qui a beaucoup frustré les joueurs isolés — c'est la première tentative d'un mode difficile officiel dans la série principale.

Enfin, la Galerie Concorde, installée entre la Route 4 et Méanville, se remplit de boutiques au fil des dresseurs croisés en ligne, tandis que la Réserve Naturelle offre un coin de nature protégée où se cachent des espèces que l'on ne voit nulle part ailleurs dans la région.


Starters et légendaires : Kyurem passe au premier plan

Les starters ne changent pas : Vipélierre, Gruikui et Moustillon reprennent du service, remis cette fois par Bianca, devenue assistante du Professeur Keteleeria après avoir été une rivale dans le premier jeu. Ce passage de témoin résume l'esprit des suites.

La grande affaire, c'est Kyurem. Le dragon de glace, simple bonus de fin dans Noir et Blanc, devient ici le cœur du récit. À l'aide du Pointeau ADN, il fusionne avec Reshiram ou Zekrom pour devenir Kyurem Blanc ou Kyurem Noir, deux formes de 700 points de statistiques de base.

Attention à une subtilité : ces formes fusionnées ne se capturent pas. Le joueur attrape Kyurem à la Grotte Cyclopéenne, puis doit lui apporter un dragon venu de Noir ou de Blanc pour réaliser la fusion. Les mascottes des boîtes ne sont donc pas des Pokémon sauvages, mais le résultat d'un geste du joueur.

Le trio des vents s'enrichit lui aussi : Boréas, Fulguris et Démétéros gagnent une seconde apparence, et Keldeo, le plus jeune des Lames de la Justice, débloque enfin sa forme alternative dans le jeu plutôt que par distribution.

Les fabuleux Meloetta et Genesect complètent le tableau. Ajoutés à Cobaltium, Terrakium et Viridium, ils font d'Unys l'une des régions les plus denses en Pokémon rares de toute la série.

Kyurem pris dans la glace
Simple troisième larron dans Noir et Blanc, Kyurem devient le pivot de ces deux suites.

Un Pokédex régional de 301 espèces, toutes générations confondues

Noir et Blanc avaient imposé une règle radicale : avant la Ligue, on ne croisait que des Pokémon de cinquième génération. Cent cinquante-six nouveautés, et pas un seul visage connu. L'idée était courageuse, elle a aussi dérouté une partie du public.

Les suites font exactement l'inverse. Le Pokédex régional d'Unys grimpe à 301 espèces issues de toutes les générations : on retrouve Chenipan, Aspicot, Racaillou ou Magmar dès les premières routes.

Ce revirement change complètement la sensation de jeu. Là où le premier opus imposait une équipe entièrement inédite, la suite laisse chacun reconstituer ses favoris, tout en gardant sous la main les créations d'Unys comme Zorua ou Coupenotte.

Le résultat est l'un des Pokédex régionaux les plus généreux jamais proposés avant la Ligue, et l'une des raisons pour lesquelles ces versions restent recommandées aux nouveaux venus qui voudraient découvrir la cinquième génération sans se priver des classiques.


Les exclusivités de version : deux tours, deux dragons

Comme toujours, la différence la plus visible tient aux mascottes : Kyurem Noir dans Noir 2, Kyurem Blanc dans Blanc 2. Par voie de conséquence, Zekrom se rattache à la version noire et Reshiram à la version blanche pour la fusion.

Les listes de Pokémon divergent ensuite sur des lignées entières : Aspicot et Magmar côté Noir 2, Chenipan et Élektek côté Blanc 2. Rien d'insurmontable, mais de quoi justifier un échange entre amis.

Plus original : chaque version possède son propre défi de fin de jeu. Noir 2 propose une tour à gravir, Blanc 2 un antre à explorer, tous deux construits comme des enchaînements de combats sans soin, avec des paliers de difficulté et des récompenses réservées aux plus tenaces.

Enfin, les fréquences d'apparition varient d'un jeu à l'autre sur de nombreux points de la carte : deux joueurs qui explorent la même grotte n'y trouveront pas exactement la même faune. C'est la vieille recette du double achat, appliquée ici avec une main plutôt légère.


Huit arènes remaniées et une nouvelle Maître

Le parcours des badges est presque entièrement renouvelé. Le premier adversaire est Tcheren, l'ancien rival de Noir et Blanc devenu Champion d'Arène spécialiste du type Normal à Pavonnay — une promotion que seul Blue, le rival de Pokémon Rouge et Bleu passé Champion d'Arène de Jadielle, avait connue avant lui.

Suivent Strykna à Ondes-sur-Mer (Poison), Artie à Volucité (Insecte), Inezia à Méanville (Électrik), Bardane à Port Yoneuve (Sol), Carolina à Parsemille (Vol), Watson à Janusia (Dragon) et Amana à Papeloa (Eau). Trois arènes sur huit sont donc tenues par des Champions inédits à ce poste — Tcheren, Strykna et Amana —, les cinq autres par des Champions déjà en fonction dans Noir et Blanc.

Le Conseil 4 conserve Anis, Pieris, Percila et Kunz, mais la surprise attend au sommet : la Maître n'est plus Goyah. C'est Iris, la jeune dresseuse de Janusia, qui occupe le trône — un changement de garde rare, et l'une des rares fois où la série montre une relève réellement advenue.

Le tout se rejoue ensuite au Pokémon World Tournament, où ces mêmes figures croisent Pierre, Ondine, Cynthia ou Red dans des formats variés. Pour beaucoup, ce mode reste la meilleure raison de ressortir la cartouche des années plus tard.


Ce qui a marqué les joueurs

Le sentiment dominant, à la sortie, fut celui d'un jeu écrit pour les fidèles. Retrouver Unys transformée, croiser des personnages vieillis, comprendre une allusion parce qu'on avait fini le premier jeu : la série n'avait jamais autant récompensé la mémoire de son public.

Le combat final contre Ghetis a laissé des traces. Son équipe est brutale, son discours l'est encore plus, et la mise en scène de sa défaite est l'une des plus sombres jamais produites par la licence. Beaucoup citent encore cet affrontement comme le pic de tension de la série.

À l'inverse, la difficulté globale a divisé. Les modes Difficile et Facile étant enfermés derrière un échange entre cartouches, la plupart des joueurs solo n'y ont jamais eu accès. C'est un verrou de conception aujourd'hui unanimement considéré comme une erreur.

Enfin, le Pokéwood a fait l'objet d'un culte discret. Absurde, bavard, parfois raté, il incarne une époque où la série s'autorisait encore des expériences franchement bizarres au milieu de l'aventure principale.


L'héritage de Noir 2 et Blanc 2

Aucune suite directe n'a suivi. Après ces deux jeux, la série est repassée aux remakes, aux troisièmes versions puis aux extensions téléchargeables, mais jamais à une vraie séquelle numérotée. Noir 2 et Blanc 2 restent une exception dans une saga qui préfère habituellement recommencer à zéro.

Leur influence se lit pourtant partout. Le Pokémon World Tournament a préparé le terrain aux hommages inter-régions ; les Trouées Cachées ont normalisé l'accès aux talents cachés ; les Médailles annoncent les systèmes de succès que la série multipliera ensuite.

Sur le plan narratif, l'idée d'un monde qui garde la trace des jeux précédents est devenue une habitude — jusqu'aux régions qui citent leurs aînées et aux personnages qui reviennent adultes. Le temps qui passe est entré dans la grammaire de la série avec ces deux cartouches.

Aujourd'hui encore, ces versions se recommandent à qui veut découvrir Unys : un Pokédex large, un scénario dense et une région qui a le mérite rare d'avoir vraiment vieilli. Si vous prolongez le plaisir hors écran, la collection consacrée aux légendaires et le rayon peluches couvrent large.


Pokémon Noir 2 et Blanc 2 en un coup d'œil

Élément Détail
Console Nintendo DS (jouable en mode DS sur Nintendo 3DS)
Sortie Japon 23 juin 2012
Sortie Amérique du Nord 7 octobre 2012
Sortie Europe 12 octobre 2012
Génération Cinquième, région d'Unys
Statut Seules suites directes numérotées de la série principale
Point de départ Pavonnay, ville absente de Noir et Blanc
Mascottes Kyurem Noir (Noir 2) et Kyurem Blanc (Blanc 2)
Objet clé Pointeau ADN, pour fusionner Kyurem avec Reshiram ou Zekrom
Starters Vipélierre, Gruikui et Moustillon, remis par Bianca
Pokédex régional 301 espèces de toutes les générations
Nouveautés phares Pokéwood, Pokémon World Tournament, Trouées Cachées, Médailles, Chrono-Lien
Champions d'Arène Tcheren, Strykna, Artie, Inezia, Bardane, Carolina, Watson, Amana
Maître de la Ligue Iris
Ventes 8,52 millions d'exemplaires (relevé de décembre 2014)

Questions fréquentes

  • Faut-il avoir joué à Pokémon Noir et Blanc avant Noir 2 et Blanc 2 ?
    Ce n'est pas obligatoire, l'aventure se comprend seule. Mais Noir 2 et Blanc 2 se déroulent deux ans après le premier jeu et multiplient les rappels : personnages revus, lieux transformés, allusions à la crise précédente. Le Chrono-Lien permet même de connecter une cartouche de Noir ou de Blanc pour débloquer des cinématiques qui racontent l'entre-deux. Y avoir joué double clairement le plaisir.
  • Sur quelle console sont sortis Pokémon Noir 2 et Blanc 2 ?
    Sur Nintendo DS, alors que la Nintendo 3DS était déjà disponible depuis plus d'un an. Les jeux sont parfaitement jouables sur 3DS, mais en mode DS, sans relief. Ce choix technique servait la continuité : il permettait de relier directement les cartouches de Noir 2 et Blanc 2 à celles de Noir et Blanc.
  • Comment obtient-on Kyurem Noir et Kyurem Blanc ?
    Ces formes ne se capturent pas. Il faut d'abord attraper Kyurem à la Grotte Cyclopéenne, puis utiliser le Pointeau ADN pour le fusionner avec Reshiram ou Zekrom, transférés depuis une cartouche de Noir ou de Blanc. Kyurem Noir naît de la fusion avec Zekrom, Kyurem Blanc de la fusion avec Reshiram. Les deux formes atteignent 700 points de statistiques de base.
  • Combien de Pokémon compte le Pokédex de Noir 2 et Blanc 2 ?
    Le Pokédex régional d'Unys passe à 301 espèces, issues de toutes les générations. C'est l'inverse exact du parti pris de Noir et Blanc, qui n'affichait que des Pokémon de cinquième génération avant la Ligue. On peut donc croiser dès les premières routes des classiques comme Chenipan, Aspicot, Racaillou ou Magmar.
  • Quelles sont les différences entre la version Noire 2 et la version Blanche 2 ?
    Kyurem Noir figure dans Noir 2 et Kyurem Blanc dans Blanc 2, avec Zekrom d'un côté et Reshiram de l'autre pour la fusion. Certaines lignées changent aussi de camp, comme Aspicot et Magmar dans Noir 2 face à Chenipan et Élektek dans Blanc 2. Enfin, chaque version possède son propre défi de fin de jeu : une tour à gravir dans Noir 2, un antre à explorer dans Blanc 2.
  • Pourquoi dit-on que Noir 2 et Blanc 2 sont uniques dans la série ?
    Parce que ce sont les seules suites directes numérotées de la série principale. Toutes les autres versions ouvrent une nouvelle région ou refont un jeu ancien ; celles-ci reprennent Unys deux ans plus tard, avec les mêmes personnages devenus plus vieux. Tcheren, l'ancien rival, y est même devenu Champion d'Arène, et Iris a remplacé Goyah comme Maître de la Ligue.

En résumé

Noir 2 et Blanc 2 restent un cas à part : deux cartouches sorties sur une console finissante, qui ont préféré faire vieillir une région plutôt qu'en inventer une nouvelle. Le pari a donné le Pokémon World Tournament, un Pokédex de 301 espèces, un antagoniste inoubliable et une relève enfin montrée à l'écran.

La série n'a plus jamais tenté la suite directe, ce qui rend ces jeux d'autant plus précieux. Pour qui veut comprendre Unys, ou simplement retrouver la plus belle 2D de la saga, ils demeurent la meilleure porte d'entrée.

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