Artwork de Red pour Pokémon Let's Go, Pikachu et Let's Go, Évoli

Red : le premier héros Pokémon, devenu boss du Mont Argenté

2542 mots | Temps de lecture : 12 minute(s)

Red n'a jamais prononcé une phrase, et c'est exactement ce qui a fait sa légende. Il est l'avatar inaugural de la licence, celui qui traverse Kanto dans les tout premiers jeux avant de s'effacer. Trois ans plus tard, la génération suivante le retrouve au sommet du Mont Argenté, adversaire muet réservé à ceux qui ont réuni seize badges. Entre-temps, son prénom est devenu celui que les guides japonais collaient d'office au joueur — c'est-à-dire à peu près à tout le monde.

Sommaire


Bourg Palette, un paquet à livrer et huit badges

Tout part d'une maison de Bourg Palette, celle que le garçon partage avec sa mère. Red a onze ans le jour du départ, et c'est le Professeur Chen qui le cueille dans les herbes hautes, juste au-dessus du village, pour l'emmener au laboratoire. Blue, le voisin qui lui tient lieu de rival, y patiente déjà. Chacun repart avec un Pokémon, et le tout premier duel de la série s'enchaîne sur-le-champ.

Le Pokédex, lui, ne tombe pas du ciel : il faut d'abord filer à Jadielle récupérer un paquet en boutique et le rapporter au professeur. Commence alors la traversée de Kanto, avec sur le chemin les Champions d'Arène, la Team Rocket au grand complet et un Blue qui réclame un duel dès qu'il aperçoit son rival. L'équipe se construit lieu par lieu : le Pokémon de départ — Bulbizarre, Salamèche ou Carapuce —, un fossile récupéré au Mont Sélénite, l'Évoli qui attend au Manoir Céladon, le Kicklee ou le Tygnon proposé par le dojo de Safrania, le Lokhlass offert dans les bureaux de la Sylphe SARL, et Mewtwo tapi tout au fond de la Caverne Azurée.

Rouge Feu et Vert Feuille rejouent cette histoire presque à l'identique, avec deux ajouts : la région accueille des espèces issues des deux générations suivantes, et les Îles Sevii prolongent le parcours. Un détail y pèse lourd : prendre Red pour protagoniste efface du récit son pendant féminin, Leaf.


Pokémon Jaune : le Pikachu qui reste dehors

La série animée a fini par déteindre sur les jeux. Pokémon Jaune lui emprunte plusieurs ingrédients, en premier lieu le compagnon que le héros reçoit au départ : sur la première route, c'est un Pikachu sauvage qui se jette sur Red et le Professeur Chen, et le savant l'attrape lui-même dans la foulée.

Le Pokémon électrique n'échoit au protagoniste qu'à la faveur d'un coup bas : Blue rafle avant lui l'Évoli qui devait initialement lui revenir. Une fois adopté, Pikachu marche derrière son Dresseur au lieu de voyager enfermé, et ne réintègre sa Poké Ball qu'après un K.O. ou un transfert au PC. Le faire évoluer en Raichu reste en revanche hors de portée : la Pierre Foudre n'a aucune prise sur lui, et il faut passer par un échange externe.

Le trio de départ de la région demeure néanmoins accessible. Azuria fournit Bulbizarre, la Route 24 Salamèche et Carmin sur Mer Carapuce, de quoi reconstituer la panoplie complète en chemin. Le casting des adversaires s'enrichit lui aussi de deux figures venues du dessin animé : Jessie et James viennent barrer la route de Red à quatre reprises.


Trois ans plus tard, tout en haut du Mont Argenté

Une fois Kanto conquis, Red sort du cadre. Trois années s'écoulent ; il a gagné les hauteurs du Mont Argenté et plus personne ne sait où le trouver. La génération suivante le réintroduit sous l'étiquette la plus banale qui soit — un personnage non joueur rangé dans la classe Dresseur — mais réserve la rencontre à qui a décroché les seize badges des deux régions.

Pour le héros de Bourg Geon, c'est le véritable boss final. Red n'y dit pas un mot : ses répliques se réduisent à des signes de ponctuation, comme au temps où il décrochait le titre au Plateau Indigo. Vaincu, il s'évapore, le générique défile, et l'affrontement redevient disponible après chaque nouvelle victoire sur la Ligue Indigo.

Son équipe résume à elle seule sa traversée : Pikachu de niveau 81 en tête, puis Mentali, Ronflex, Florizarre, Dracaufeu et Tortank. Les trois Pokémon de départ de la région figurent donc au tableau, tous parvenus à leur dernier stade. Les remakes durcissent l'épreuve : Pikachu grimpe au niveau 88, une Balle Lumière à la patte, Lokhlass prend la place de Mentali, la Grêle tombe pendant tout l'affrontement, et il faut la CS Escalade pour atteindre le tréfonds de la Grotte Argentée. Chaque Pokémon sorti vainqueur y gagne un Ruban Légende.

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« La Légende Vivante » : tournoi, Arbre de Combat et retour à Kanto

Le retour dans le circuit passe par la compétition. Noir 2 et Blanc 2 le convoquent au Pokémon World Tournament, dans l'épreuve réservée aux Maîtres de la Ligue, où on le surnomme « la Légende Vivante ». Ses Pokémon y affichent 30 d'IV sur chaque statistique et l'ordre de passage est tiré au sort avant le coup d'envoi : trois combattants en Solo, quatre en Duo comme en Rotatif, l'écurie entière en Combat Trio.

Devenu jeune adulte, il change carrément de métier. Soleil et Lune l'installent à Poni, où la direction de l'Arbre de Combat se partage avec Blue, son rival de toujours : fraîchement sacré à Alola, on doit se défaire de l'un des deux avant d'entrer dans la tour. Red y endosse le costume de « Dresseur de Légende » lors du vingtième combat en mode Normal et du cinquantième en mode Super ; les versions Ultra ajoutent quatre niveaux à ses Pokémon et échangent le Piétisol de Florizarre contre un Séisme.

Sa dernière apparition en date se place environ trois ans après l'aventure menée par Blue, Green et lui-même : Let's Go, Pikachu et Let's Go, Évoli le postent devant le bâtiment de la Ligue, sur le Plateau Indigo. Il faut six Pokémon en équipe et six titres d'Expert Pokémon au compteur pour le faire apparaître ; qui l'emporte devient « Expert en Combat », après avoir passé un Méga-Florizarre de niveau 85. Le salon l'avait accueilli plus tôt : Pokémon Stadium 2 en fait l'ultime adversaire du Château des Champions de Kanto, entouré de Méganium, Typhlosion et Aligatueur, et son générique l'oppose à Blue, Pikachu contre Évoli, sur les pentes du Mont Argenté.


Hors des jeux principaux : Sacha, Smash Bros. et un jeu mobile

Le personnage a essaimé bien au-delà de sa région d'origine. Sacha, qui porte les vingt-cinq saisons de la série animée, s'inspire librement de lui : même village de départ, mais un voyage mené en bande et des terres que les jeux vidéo n'ont jamais montrées, tel l'Archipel Orange. Trois Dresseuses jouables ont d'ailleurs leur double parmi ses compagnons de route — Flora, Aurore et Serena — et le garçon tient le premier rôle dans les vingt-trois films de la licence.

Red a aussi eu droit à ses propres épisodes. Pokémon : les origines, mini-série en quatre volets, suit fidèlement le scénario des remakes Game Boy Advance, depuis le Salamèche des débuts jusqu'au titre décroché face à la Ligue Indigo, sans oublier la lutte contre la Team Rocket. Pokémon Générations lui préfère un alter ego baptisé « le joueur », doté d'un Bulbizarre, qui capture un Pikachu dans la Forêt de Jade avant de parcourir cinq régions, de Johto à Kalos. Pokémon Évolutions se contente d'un plan furtif, son Dracaufeu et lui tout en haut de l'escalier du Plateau Indigo, et un court métrage de Pokétoon le montre courtisé par un Pandespiègle qui rêve d'entrer dans son équipe, aux côtés d'un Arcanin.

Depuis 2008, il mène même une seconde carrière hors des jeux Pokémon. Le combattant « Dresseur de Pokémon » de Super Smash Bros. Brawl puis Ultimate reprend ses traits : il se tient à distance de la mêlée et envoie au front, tour à tour, Carapuce, Herbizarre et Dracaufeu, avec cinq coloris ouverts d'emblée dans le premier, quatre et un déblocage à mériter dans le second. Le 28 février 2020, il a rejoint le jeu mobile Pokémon Masters EX au rang d'ambassadeur, où il se décline depuis sous plusieurs tenues.

Sacha dans le cycle des Voyages
Le personnage a essaimé : Sacha s'inspire librement de lui, jusque dans la ville de départ.

Red, Satoshi, Ninten : l'histoire d'un prénom

Le joueur reste libre de rebaptiser son avatar, dans les limites de caractères que le jeu autorise — Red n'échappe pas à la règle commune aux héros de la série principale. Il aura fallu attendre Or et Argent pour que son nom canonique soit officialisé, et ce nom vient d'une habitude éditoriale : côté japonais, les guides publiés pour les cartouches Game Boy baptisaient le héros d'après le titre anglais de sa version — Red, Green, Blue, Yellow. L'écran d'introduction procède pareil et place la couleur du titre en tête des trois prénoms suggérés.

Les deux autres suggestions varient d'une version à l'autre. En français, Rouge et Jaune tendent Sacha et Paul, la Bleue Régis et Jean ; le rival, de son côté, s'appelle Green par défaut dans la Rouge, Red dans la Verte et la Bleue, Blue dans la Jaune. Sur les remakes Game Boy Advance, quitter l'écran de saisie sans rien taper — ou en ne posant que des espaces — déclenche un tirage dans une liste toute prête où voisinent Green, Red, Leaf et Fire.

Le japonais laisse voir les coulisses du studio. Rouge, Jaune et Rouge Feu suggèrent Satoshi, Vert et Vert Feuille Shigeru : les prénoms du fondateur de la franchise, Satoshi Tajiri, et du père de Mario et de Zelda, Shigeru Miyamoto — deux « rivaux » de chez Nintendo devenus Sacha et Régis dans la série animée. En allant fouiller la RAM des éditions anglaises, on exhume Ninten et Sony, un temps envisagés pour le héros et son rival avant d'être écartés ; d'autres prénoms restés inutilisés renvoient au directeur artistique Wataru Yamaguchi, au producteur Tsunekazu Ishihara, et jusqu'aux studios Game Freak et Creatures.

Red face à Blue
Le joueur reste libre de rebaptiser son avatar.

Red en un coup d'œil

Élément Détail
Rôle Premier personnage jouable de la licence Pokémon
Origine Bourg Palette, région de Kanto, chez sa mère
Âge au départ Onze ans
Pokémon fétiche Pikachu
Rival Blue, son voisin de Bourg Palette
Après Kanto Retiré au Mont Argenté, affrontable une fois seize badges réunis
Surnom au Pokémon World Tournament « La Légende Vivante »

Questions fréquentes

  • Pourquoi Red ne parle-t-il jamais ?
    Ses dialogues ne sont composés que de signes de ponctuation, aussi bien à l'époque où il conquiert la Ligue Indigo que lors du combat du Mont Argenté. Les jeux ne lui écrivent presque aucune réplique : on ne le fait « parler » qu'en le confrontant à la Copieuse, et la version espagnole de HeartGold et SoulSilver lui fait annoncer l'usage d'un objet en plein combat.
  • Où affronte-t-on Red au Mont Argenté ?
    Dans Or, Argent et Cristal, au bout du Mont Argenté, une fois les seize badges de Johto et de Kanto obtenus. Dans les remakes, il se tient au fond de la Grotte Argentée, qui réclame la CS Escalade. Il disparaît sitôt vaincu, mais le combat redevient disponible après chaque victoire sur la Ligue Indigo.
  • Quelle est l'équipe de Red ?
    Au Mont Argenté, un Pikachu de niveau 81 accompagné de Mentali, Ronflex, Florizarre, Dracaufeu et Tortank. Les remakes montent Pikachu au niveau 88 et remplacent Mentali par Lokhlass. Dans Let's Go, l'équipe réunit Pikachu, Mackogneur, Arcanin, Lokhlass, Ronflex et un Méga-Florizarre, tous au niveau 85.
  • Red et Sacha sont-ils le même personnage ?
    Non. Sacha, héros de la série animée, est librement inspiré de Red et vient lui aussi de Bourg Palette, mais il voyage en groupe et parcourt des contrées absentes des jeux, comme l'Archipel Orange. Les deux se sont toutefois influencés : Pokémon Jaune a repris plusieurs éléments du dessin animé, à commencer par le Pikachu de départ.
  • Red apparaît-il dans le Jeu de Cartes à Collectionner ?
    Oui, depuis l'extension Soleil et Lune Alliance Infaillible, sortie le 3 mai 2019 en France. La carte Défi de Red fait défausser deux cartes de la main pour récupérer en échange la carte de son choix dans le deck, avant mélange. Il possède aussi une figurine dans chacune des trois extensions du Jeu de Figurines à Collectionner.

En résumé

Red occupe dans la série une place que personne n'a reprise : il est à la fois le tout premier avatar du joueur et l'adversaire le plus coriace que la génération suivante lui oppose. Entre les deux, presque rien — trois ans de silence, un sommet coupé du monde, et une équipe qui raconte à elle seule la traversée de Kanto. Les jeux ne lui ont jamais écrit une réplique, et c'est probablement ce qui l'a rendu indélogeable : chaque joueur y projette sa propre partie.

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