Groudon, artwork de Pokémon Rubis et Saphir

Pokémon Rubis et Saphir : le dossier complet sur la troisième génération

3060 mots | Temps de lecture : 15 minute(s)

Une console neuve, une région tropicale et deux dieux endormis sous la mer : avec Pokémon Rubis et Saphir, la série change de machine et, au passage, de profondeur. Premiers jeux principaux sur Game Boy Advance, ils introduisent des mécaniques qui gouvernent encore les combats d'aujourd'hui — les talents, les natures, la météo, les affrontements deux contre deux. Ils inventent aussi la formule des deux organisations criminelles rivales, l'une réveillant le continent, l'autre l'océan. Et ils ont osé une rupture que la série n'a jamais retentée : couper les ponts avec toutes les cartouches précédentes. Voici le dossier complet, de la date de sortie française à l'héritage.

Sommaire


La Game Boy Advance, un nouveau départ

Rubis et Saphir sont les premiers jeux principaux de la série conçus pour la Game Boy Advance, sortie en 2001. Le gain est spectaculaire : une palette de couleurs sans commune mesure avec la Game Boy Color, des décors détaillés, des sprites plus grands, une bande-son plus riche. Hoenn, région luxuriante et maritime, est faite pour exhiber ce nouveau matériel.

Le changement de console s'accompagne d'un changement de moteur. Le code est entièrement réécrit, ce qui explique la décision la plus commentée de ces jeux : Rubis et Saphir sont incompatibles avec les cartouches de la première et de la deuxième génération. Les Pokémon élevés à Kanto ou à Johto ne peuvent tout simplement pas faire le voyage.

Cette rupture a coûté cher en affection, mais elle a permis à Game Freak de reconstruire le système de combat de fond en comble. Elle a aussi été rapidement corrigée : les remakes Rouge Feu et Vert Feuille, puis les jeux GameCube Pokémon Colosseum et Pokémon XD, ont rouvert des passerelles vers les anciennes espèces.

Une console Game Boy Advance
Nouvelle console, nouveau moteur : Rubis et Saphir coupent les ponts avec les cartouches précédentes.

Du Japon à la France : l'été 2003

Le Japon découvre Pokémon Rubis et Saphir le 21 novembre 2002, exactement trois ans jour pour jour après Or et Argent. L'Amérique du Nord suit le 19 mars 2003, l'Australie le 3 avril 2003.

L'Europe est servie le 25 juillet 2003, en plein été et un peu plus de huit mois après le Japon. C'est, à l'époque, le délai le plus court jamais consenti au marché européen pour une nouvelle génération — un progrès considérable comparé aux trois ans et demi de Rouge et Bleu.

Contrairement aux jeux Game Boy, Rubis et Saphir n'ont jamais été réédités sur une console virtuelle. Pour rejouer Hoenn autrement, il faut passer par les remakes 3DS de 2014 — ou ressortir sa cartouche d'origine, dont la pile interne, chargée de faire tourner l'horloge, finit d'ailleurs par rendre l'âme.


Hoenn : un déménagement, huit badges et deux Teams

L'histoire commence dans un camion de déménagement. La famille du héros quitte Johto pour Bourg-en-Vol, à Hoenn, parce que le père, Norman, vient d'être nommé Champion de l'Arène de Clémenti-Ville. C'est la première fois que le joueur a un père identifié, et qu'il devra l'affronter en Arène.

Le Professeur Seko entre en scène poursuivi par un Medhyèna : pour le tirer d'affaire, le joueur choisit dans son sac le Pokémon qui deviendra son partenaire. Selon le sexe choisi, on incarne Brice ou Flora, et l'autre — enfant du Professeur Seko — devient le rival, bien plus amical que Blue ou Silver.

Hoenn compte huit Arènes : Roxanne à Mérouville, Bastien à Myokara, Voltère à Lavandia, Adriane à Vermilava, Norman à Clémenti-Ville, Alizée à Cimetronelle, le duo Lévy et Tatia à Algatia et Marc à Atalanopolis. Le Conseil 4 réunit ensuite Damien, Spectra, Glacia et Aragon, avant le Maître Pierre Rochard et ses Pokémon Acier.

La grande trouvaille scénaristique, ce sont les deux organisations rivales. La Team Magma veut réveiller Groudon pour étendre les terres émergées ; la Team Aqua veut réveiller Kyogre pour étendre les océans. Dans Pokémon Rubis, c'est la Team Magma que l'on combat, avec son chef Max ; dans Pokémon Saphir, c'est la Team Aqua et son chef Arthur. Chaque version raconte donc la même guerre vue de l'autre côté.

Un troisième dresseur mérite d'être cité : Timmy, un garçon fragile qui se met au dressage comme on suit une thérapie. On l'aide à capturer son premier Pokémon au début du jeu, et on le retrouve, transformé, au bout de la Route Victoire. C'est l'un des arcs les plus touchants de la série.


Les nouveautés : la moitié du Pokémon compétitif naît ici

La plus lourde de conséquences est invisible à l'œil nu : chaque Pokémon reçoit un talent, une capacité passive qui modifie le combat en permanence. Sécheresse, Crachin, Lévitation, Torrent : ces effets, absents des deux premières générations, sont depuis inséparables de l'identité des espèces.

Dans la foulée arrivent les natures, qui augmentent une statistique de 10 % et en diminuent une autre. Combinées aux talents et aux nouvelles règles d'entraînement, elles font entrer la série dans une ère où deux Pokémon de la même espèce ne sont plus interchangeables.

Le combat lui-même change de forme avec les Combats Duo, où quatre Pokémon s'affrontent deux par deux. La météo devient une mécanique à part entière : pluie, soleil, tempête de sable et grêle modifient dégâts et précision, ce qui donne tout leur sens aux talents des légendaires de Hoenn.

Le reste est plus léger mais tout aussi mémorable. Les Concours Pokémon proposent une carrière parallèle fondée sur la beauté, la grâce ou l'intelligence. Les Baies se cultivent au lieu de se ramasser. Les chaussures de sport permettent enfin de courir en maintenant B. Et l'on peut aménager une base secrète dans un arbre ou une paroi rocheuse, et la décorer avec des meubles achetés en boutique.

Deux capacités secrètes s'ajoutent également, Éclate-Roc et Plongée, cette dernière ouvrant des zones sous-marines entières sur les chenaux de Hoenn. C'est la première fois que la carte de la région se déploie sur deux niveaux.


Les starters : Arcko, Poussifeu, Gobou

Le trio de Hoenn est l'un des plus aimés de la série. Arcko, le petit gecko de type Plante, devient Massko puis Jungko, une lame verte bâtie sur la vitesse pure.

Poussifeu suit le chemin inverse : le poussin devient Galifeu, puis Braségali, premier starter Feu à récupérer le type Combat en évoluant. Le duo Feu-Combat deviendra une habitude tenace, reprise par les starters des deux générations suivantes.

Gobou, enfin, se transforme en Flobio puis en Laggron, dont le type Eau et Sol le rend faible à un seul type. C'est cette résistance hors norme qui en a fait, des années durant, l'un des starters les plus utilisés en combat.

Un mot enfin sur le rival, qui reste le Pokémon de départ fort contre le vôtre — la tradition se maintient — mais avec un ton radicalement différent : Brice et Flora s'encouragent, se donnent des nouvelles et échangent des conseils au lieu de se toiser. La série s'humanise.

Arcko, Poussifeu et Gobou dans le dessin animé
Arcko, Poussifeu, Gobou : le trio de départ de Hoenn.

Les légendaires : deux dieux, un arbitre et trois golems

Tout Hoenn tourne autour de deux colosses. Groudon, exclusif à Pokémon Rubis, aurait fait surgir les continents ; Kyogre, exclusif à Pokémon Saphir, aurait fait jaillir les océans. Réveillé, chacun dérègle le climat de la région entière, et c'est ce dérèglement qui sert de point culminant au scénario.

Le troisième larron est Rayquaza, le serpent céleste qui, selon la légende de Hoenn, mit fin à leur guerre. Il attend au sommet de la Tour Céleste, hors du chemin principal : c'est le vrai défi facultatif du jeu, et il faudra attendre les remakes pour qu'il prenne toute sa place dans l'histoire.

Hoenn cache aussi trois golems muets, Regirock, Regice et Registeel. Les atteindre suppose de déchiffrer des inscriptions en alphabet braille gravées sur les murs de tombeaux — l'énigme la plus étrange jamais posée par un jeu Pokémon.

Restent les deux dragons jumeaux. Latias et Latios errent à travers Hoenn après le générique, et lequel des deux apparaît dépend uniquement de la couleur que l'on annonce après le reportage télévisé d'après-générique. Quant à Jirachi, il n'était accessible que par distribution officielle : le fabuleux de cette génération est resté, comme Mew et Celebi avant lui, hors de portée du jeu normal.


Les exclusivités de version : sept de chaque côté

Le partage est ici parfaitement symétrique, y compris pour les légendaires. Sept Pokémon appartiennent à chaque cartouche, et à chaque exclusivité de Rubis correspond son reflet dans Saphir.

Pokémon Rubis garde la lignée de Grainipiot, qui devient Pifeuil puis Tengalice, ainsi que Mysdibule, Mangriff, Solaroc et bien sûr Groudon.

Pokémon Saphir répond avec la lignée de Nénupiot, qui devient Lombre puis Ludicolo, plus Ténéfix, Séviper, Séléroc et Kyogre. Les couples sont explicites : le soleil contre la lune, la mangouste contre le serpent, le désert contre l'étang.

Attention en revanche au décompte global : le jeu ne contient que 202 Pokémon, dont 200 réellement capturables, sur les 386 que compte désormais le Pokédex National. Comme aucune passerelle n'existait avec les jeux Game Boy, seuls 67 anciens Pokémon ont été conservés — beaucoup de créatures adorées ont donc purement et simplement disparu de cette génération.


Ce qui a marqué les joueurs

Le premier choc est visuel. Après cinq ans de Game Boy, Hoenn et ses jungles, ses volcans, ses fonds marins et ses villes bâties dans un cratère ont donné le sentiment d'un monde enfin peint plutôt que dessiné. La bande-son, plus ample, y est pour beaucoup.

Le deuxième choc est moins heureux. L'impossibilité de transférer ses Pokémon depuis Or, Argent ou Cristal a été vécue comme une trahison par beaucoup de joueurs, qui ont vu six ans d'élevage rendus inutiles. C'est le reproche le plus tenace fait à cette génération.

Restent les images qui collent à la mémoire : les bases secrètes qu'on aménageait pour les montrer aux copains par câble link, les Concours Pokémon et leurs Pokéblocs, la plongée sous-marine, la Caverne Fondmer où les Teams réveillent leur dieu, et l'ascension finale d'Atalanopolis, ville construite au fond d'un cratère.

Commercialement, la génération a souffert du désamour d'une partie des premiers fans et de la concurrence d'autres phénomènes, mais elle reste un très gros succès : 16,22 millions d'exemplaires vendus, ce qui en fait la meilleure vente de la Game Boy Advance, toutes licences confondues.


L'héritage : ce que Hoenn a imposé à la série

Sur le plan des règles, l'apport est colossal. Talents, natures, combats duo et météo n'ont plus jamais quitté la série : ouvrez un jeu récent, tout ce qui structure un combat moderne, à l'exception des mécaniques de transformation, a été inventé ici.

Le récit y gagne un modèle lui aussi durable : deux organisations opposées, un légendaire de couverture au cœur de l'intrigue et une catastrophe écologique en toile de fond. Sinnoh, Unys et Paldea rejoueront tous, à leur manière, cette partition — au point que la bande de méchants est devenue un passage obligé.

Hoenn a aussi eu droit à une troisième version, Pokémon Émeraude, sortie en Europe en 2005, qui réunit Groudon et Kyogre dans la même partie, place Rayquaza au centre de l'histoire et ajoute la Zone de Combat.

Les remakes, enfin, sont arrivés bien plus tard. Annoncés le 7 mai 2014, Pokémon Rubis Oméga et Saphir Alpha sortent la même année sur Nintendo 3DS. Ils ajoutent la Primo-Résurgence, qui rend à Groudon et Kyogre leur forme originelle, et une aventure supplémentaire consacrée à Rayquaza — soit exactement ce que la cartouche de 2003 n'avait pas eu la place de raconter.


Pokémon Rubis et Saphir en un coup d'œil

Élément Détail
Console Game Boy Advance
Sortie Europe 25 juillet 2003
Sortie Japon 21 novembre 2002
Sortie Amérique du Nord 19 mars 2003
Génération Troisième génération
Région Hoenn
Starters Arcko, Poussifeu, Gobou
Légendaires Groudon (Rubis), Kyogre (Saphir), Rayquaza, Regirock, Regice, Registeel, Latias et Latios
Pokémon au Pokédex 202 présents dans le jeu, dont 135 nouveaux ; 386 au Pokédex National
Exclusivités 7 Pokémon propres à chaque version, légendaire compris
Nouveautés clés Talents, natures, Combats Duo, météo, Concours Pokémon, bases secrètes, course
Ventes 16,22 millions d'exemplaires
Remakes Pokémon Rubis Oméga et Saphir Alpha (2014, Nintendo 3DS)

Questions fréquentes

  • Quand Pokémon Rubis et Saphir sont-ils sortis en France ?
    Pokémon Rubis et Saphir sont sortis en Europe le 25 juillet 2003. Le Japon les avait découverts le 21 novembre 2002 et l'Amérique du Nord le 19 mars 2003 : un peu plus de huit mois seulement séparent la sortie japonaise de la sortie européenne, le délai le plus court consenti jusque-là pour une nouvelle génération.
  • Pourquoi ne peut-on pas transférer ses Pokémon des anciens jeux vers Rubis et Saphir ?
    Parce que le moteur du jeu a été entièrement réécrit pour la Game Boy Advance : Rubis et Saphir sont incompatibles avec les cartouches de la première et de la deuxième génération. Des passerelles ont été rouvertes ensuite avec Pokémon Rouge Feu et Vert Feuille, puis avec Pokémon Colosseum et Pokémon XD sur GameCube.
  • Combien de Pokémon y a-t-il dans Pokémon Rubis et Saphir ?
    Le jeu contient 202 Pokémon, dont 200 réellement capturables, sur les 386 que compte le Pokédex National après l'ajout des 135 nouvelles espèces de la troisième génération. Seuls 67 anciens Pokémon ont été conservés dans Hoenn.
  • Quelles nouveautés Pokémon Rubis et Saphir apportent-ils à la série ?
    Ils introduisent les talents, les natures, les Combats Duo et la météo en combat, ainsi que les Concours Pokémon, les bases secrètes à aménager, les Baies à cultiver, les chaussures de sport pour courir et deux capacités secrètes, Éclate-Roc et Plongée.
  • Quelle est la différence entre Pokémon Rubis et Pokémon Saphir ?
    Sept Pokémon sont exclusifs à chaque version, légendaire compris : Groudon et la lignée de Grainipiot côté Rubis, Kyogre et la lignée de Nénupiot côté Saphir. L'organisation criminelle change aussi : on affronte la Team Magma et son chef Max dans Rubis, la Team Aqua et son chef Arthur dans Saphir.
  • Quels sont les remakes de Pokémon Rubis et Saphir ?
    Ce sont Pokémon Rubis Oméga et Saphir Alpha, annoncés le 7 mai 2014 et sortis la même année sur Nintendo 3DS. Ils ajoutent la Primo-Résurgence de Groudon et Kyogre ainsi qu'une aventure supplémentaire consacrée à Rayquaza.

En résumé

Rubis et Saphir ont payé cher leur audace : couper les ponts avec six ans de collection a laissé des traces. Mais ce sont eux qui ont donné à Pokémon sa grammaire de combat définitive, et à ses scénarios une ambition qu'ils n'avaient jamais eue. Hoenn reste, vingt ans après, l'une des régions les plus habitées de la série, entre ses fonds marins, ses bases secrètes et ses deux dieux endormis. De quoi comprendre pourquoi Groudon, Kyogre et Rayquaza n'ont jamais quitté le haut de l'affiche chez les légendaires.

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