Affiche de Pokémon : Mewtwo contre-attaque — Évolution

Pokémon : Mewtwo contre-attaque – Évolution : le premier film refait en images de synthèse

3614 mots | Temps de lecture : 18 minute(s)

Le vingt-deuxième film Pokémon n'est pas une histoire neuve : c'est le tout premier long métrage de la saga, entièrement refait en images de synthèse. Sorti au Japon le 12 juillet 2019, Pokémon : Mewtwo contre-attaque – Évolution reprend le récit de 1998 en changeant sa technique de fabrication du tout au tout. En France, il est arrivé le 27 février 2020, directement sur Netflix, sans passer par les salles.

Sommaire


Contexte et sortie : un remake annoncé dans le sillage du film 21

L'existence du film est révélée au Japon dans une bande-annonce diffusée juste après les séances du vingt et unième long métrage, à l'été 2018 : on y entend le monologue d'ouverture de 1998 et on y découvre déjà le titre du film à venir. L'annonce officielle tombe le 14 décembre 2018, avec la date de sortie japonaise et la nature du projet : ce sera un remake du premier film de la saga. La première bande-annonce suit le 31 décembre 2018, et il faut attendre celle du 28 février 2019 pour que soit dévoilé l'autre parti pris — le film sera entièrement réalisé en images de synthèse.

La première projection mondiale a lieu le 4 juillet 2019 à l'Anime Expo de Los Angeles, en version japonaise sous-titrée, huit jours avant la sortie japonaise en salles du 12 juillet 2019. Le film est distribué au Japon par la Toho, comme ses prédécesseurs, et dure 98 minutes.

Peluche Pokémon - Mewtwo
Peluche Pokémon - Mewtwo
Peluche Pokémon - Mewtwo

Pour la saga, l'exercice est inédit. Aucun film Pokémon n'avait jusque-là été refait, et aucun n'avait été produit intégralement en trois dimensions. Le placer dans la chronologie demande d'ailleurs une petite gymnastique : c'est le vingt-deuxième film par ordre de sortie, mais il raconte les événements du tout premier, ceux de la période où Sacha découvre Kanto. Le guide complet des films Pokémon remet l'ensemble des vingt-trois longs métrages dans l'ordre.

Une précision s'impose, parce que la confusion est fréquente : 2019 est aussi l'année de Pokémon : Détective Pikachu, sorti dans les salles françaises le 8 mai. Ce dernier est un film dérivé, tourné en prises de vues réelles et adapté d'un jeu, qui n'appartient pas à la série des vingt-trois longs métrages d'animation. Les deux n'ont en commun que leur année de sortie et leur franchise : Mewtwo contre-attaque – Évolution est le seul des deux à faire partie de la saga cinéma proprement dite.


Le titre français : la première fois que « Mewtwo contre-attaque » est officiel

C'est le point qui embrouille le plus de monde, et il vaut la peine d'être posé clairement. En France, le film de 1998 s'appelle simplement Pokémon : Le film : Mewtwo contre-attaque est la traduction du sous-titre japonais et du titre américain, mais il n'apparaissait pas sur les affiches de l'exploitation française en salles du 5 avril 2000.

Ce remake de 2019 est donc le premier film de la saga à porter officiellement le nom « Mewtwo contre-attaque » en français, sous la forme complète Pokémon : Mewtwo contre-attaque – Évolution. Le titre japonais, ミュウツーの逆襲 EVOLUTION (Myūtsū no gyakushū Evolution), reprend celui de 1998 en y accolant le mot « Evolution » — la même logique de suffixe que celle retenue en français.

La conséquence pratique est simple : si vous cherchez « Mewtwo contre-attaque » dans un catalogue français, vous tomberez sur le film de 2019, pas sur celui de 1998. Les deux racontent pourtant la même histoire. Le mot « Évolution » ne renvoie ici à aucun mécanisme de jeu : il désigne l'évolution technique du film lui-même.

Mewtwo dans le premier film
Le sous-titre « Mewtwo contre-attaque » n'apparaît officiellement en France qu'avec ce remake.

L'intrigue, sans divulgâcher la fin

Le point de départ est celui de 1998. Des scientifiques financés par la Team Rocket fabriquent un Pokémon à partir de matériel génétique de Mew, puis cherchent à en faire un instrument. La créature obtenue, Mewtwo, refuse ce rôle et quitte le laboratoire.

Quelque temps plus tard, des invitations circulent : un dresseur mystérieux convie les meilleurs d'entre eux sur une île isolée. Sacha, Ondine et Pierre en font partie et embarquent malgré la tempête. Ce qui les attend là-bas n'a rien d'un tournoi ordinaire, et le film bascule vers une confrontation entre les Pokémon et leurs copies.

Le remake suit ce déroulé de bout en bout, sans réécrire la trame ni changer l'issue. Si vous découvrez l'histoire par cette version, vous n'avez rien manqué du film original ; si vous connaissez celui de 1998 par cœur, l'intérêt se déplace ailleurs — sur la manière dont chaque scène a été refabriquée. Le récit du film fondateur est détaillé de son côté dans le dossier qui lui est consacré.


Ce que la refonte change, et ce qu'elle garde

Le film assume d'être un remake plan pour plan, ou presque : cadrages, découpage, enchaînement des séquences et répliques suivent l'original de très près. Le clin d'œil commence dès la communication, puisque la première affiche japonaise reprend la composition de l'affiche de 1998. C'est un exercice de reconstitution plus que de relecture.

Ce qui change, c'est tout le reste de la fabrication. Les personnages humains, les Pokémon, les décors et les effets sont modélisés en trois dimensions, avec un rendu qui cherche à imiter le trait d'origine tout en profitant des possibilités de la 3D sur l'eau, les éclairs et les explosions. Le générique de la saga y passe aussi : la version française rouvre sur un thème Pokémon remixé pour l'occasion et se referme sur une chanson intitulée « Accepter d'évoluer ».

Le scénario, lui, reste crédité à Takeshi Shudō, scénariste historique de la série disparu en 2010 : le remake s'appuie sur son texte de 1998 plutôt que sur une nouvelle écriture. C'est un choix cohérent avec le projet, mais il explique aussi que le film n'apporte aucun élément de récit inédit à la mythologie de la saga.


La production : OLM, Sprite Animation Studios et la 3D

Le film est co-réalisé par Kunihiko Yuyama et Motonori Sakakibara. Le premier est le réalisateur historique de la saga, aux commandes depuis 1998 ; le second vient du monde de l'image de synthèse. Cette double signature dit assez bien la nature du projet : un pied dans la mémoire de la série, un pied dans une technique que la franchise n'avait jamais employée sur un long métrage.

L'animation est assurée par OLM et OLM Digital, épaulés par Sprite Animation Studios, un studio spécialisé en 3D. La production est signée Satoshi Shimodaira, Ayaka Sekiguchi et Yosuke Nagafuchi, le montage Ayako Miura. Fait notable pour une refonte technique aussi radicale : Shinji Miyazaki, compositeur attitré de la saga, reste à la musique, ce qui préserve la couleur sonore de la série.

Le résultat divise, et c'est le cœur des débats autour du film. La 3D excelle sur les éléments naturels et les affrontements, et convainc moins sur les visages humains, dont le rendu a été jugé trop lisse par une partie de la critique. Le film n'a pas cherché le photoréalisme : il tente de traduire un dessin de 1998 dans un volume, ce qui est un exercice bien plus périlleux qu'il n'y paraît.

Un troupeau de Tauros poursuivi par un hélicoptère, en images de synthèse
Le passage à la 3D se voit surtout dans les plans de foule et de troupeau, impossibles à animer ainsi en 1998.

Mewtwo et Mew, vingt ans après

Mewtwo et Mew se partagent l'affiche, comme en 1998. Le premier est un Pokémon légendaire créé en laboratoire, le second le fabuleux dont il est issu ; leur opposition reste le moteur du film, et la 3D lui donne une présence physique nouvelle, notamment dans les scènes de télékinésie et de tempête.

C'est la troisième apparition de Mewtwo dans un long métrage de la saga, après le film de 1998 et le seizième, Genesect et l'éveil de la légende, sorti en 2013. Peu de créatures ont eu droit à un tel suivi au cinéma, ce qui en dit long sur la place que le personnage occupe dans l'imaginaire de la franchise. La distinction entre ces deux catégories de créatures rares est détaillée dans le guide des Pokémon légendaires et fabuleux.

Le film ne modifie pas la caractérisation d'origine. Mewtwo reste un être fabriqué qui cherche à savoir pourquoi il existe, et Mew reste sa contrepartie légère et joueuse. Le remake se contente de rejouer cette partition — ce qui est à la fois sa fidélité et sa limite.

Mewtwo dans le laboratoire, en images de synthèse, dans Mewtwo contre-attaque – Évolution
Mewtwo et Mew se partagent l'affiche comme en 1998 — mais tout est refait en volume.

Sacha, Ondine, Pierre : l'équipe des débuts

Puisque le film rejoue les événements de 1998, Sacha voyage avec Ondine et Pierre, la formation de la toute première période de la série — un point utile à garder en tête quand on enchaîne les films de la saga, où l'entourage du héros change d'une époque à l'autre. Son Pikachu est de la partie, aux côtés des Pokémon de ses débuts.

Sur l'île, on retrouve les Dresseurs invités du film original, Neesha et Fergus en tête, ainsi que le docteur Fuji et Giovanni, le patron de la Team Rocket, tous deux présents dès le prologue ; Miranda, elle, ne quitte pas le port du continent, dont elle a la charge. Jessie, James et Miaouss, eux, sont là dans le rôle inhabituel qu'ils tenaient déjà en 1998 : celui de passagers clandestins plutôt que d'antagonistes.

La version française conserve les voix habituelles de la série, ce qui n'a pas toujours été le cas dans l'histoire des films Pokémon : Aurélien Ringelheim double Sacha, Fanny Roy Ondine, Antoni Lo Presti Pierre, Catherine Conet Jessie et David Manet James, tandis que Jean-Marc Delhausse prête sa voix à Mewtwo. Le parcours complet du héros est retracé dans le dossier consacré à Sacha et l'anime Pokémon.

Le Togepi d'Ondine et le Pikachu de Sacha en images de synthèse
Le remake rejoue 1998 : Sacha voyage donc avec Ondine et Pierre, la formation des débuts.

Accueil et box-office

Au Japon, le film totalise 2,98 milliards de yens de recette brute en salles selon les chiffres de l'association des producteurs de cinéma japonais, un score solide pour la saga à cette période. C'est le dernier long métrage Pokémon à avoir connu une exploitation en salles dans des conditions normales avant la pandémie.

La critique occidentale, elle, s'est concentrée sur la question de la 3D. Le Los Angeles Times a reproché au film le rendu trop lisse de ses personnages humains, jugés en décalage avec l'hyperréalisme de l'eau, des éclairs et des explosions. Common Sense Media, qui lui accorde trois étoiles sur cinq, résume bien le débat : l'appréciation dépend presque entièrement de l'adhésion du spectateur au passage à l'animation par ordinateur.

Le succès s'est en revanche joué ailleurs qu'en salles. Après son arrivée sur Netflix en février 2020, le film a été le titre d'animation japonaise le plus regardé de l'année sur la plateforme en Inde, en Malaisie et à Singapour, d'après les chiffres communiqués par Netflix à Variety — un résultat qui a probablement pesé dans la décision d'y sortir directement le film suivant.

Le débat s'est aussi joué chez les spectateurs de longue date, avec une ligne de partage assez nette. Ceux qui connaissaient le film de 1998 par cœur ont surtout mesuré l'écart entre deux textures d'image, quand les plus jeunes, qui découvraient l'histoire, n'avaient aucun terme de comparaison et ont reçu le film pour ce qu'il est : un récit d'anticipation sombre, inhabituel dans une franchise réputée douce. C'est précisément ce double public que le projet visait.


La sortie française : Netflix, le 27 février 2020

Le film n'est jamais passé par les salles françaises : il est arrivé directement sur Netflix le 27 février 2020, le même jour que dans la quasi-totalité du monde, la Corée du Sud exceptée. C'est le premier long métrage de la saga à sortir de cette manière à l'international, sans exploitation préalable en cinéma ni passage par la télévision hors du Japon.

La date n'a rien d'un hasard. Le 27 février est le Pokémon Day, l'anniversaire de la sortie japonaise des tout premiers jeux, Pocket Monsters Rouge et Vert, le 27 février 1996 — les titres fondateurs racontés dans le dossier sur Pokémon Rouge et Bleu. Faire coïncider la sortie d'un remake du premier film avec l'anniversaire des premiers jeux relevait de la déclaration d'intention.

Autre première pour le public français : c'est le premier film Pokémon disponible chez nous en version japonaise sous-titrée, en plus de sa version doublée. Le doublage francophone a été réalisé par SDI Media, avec une adaptation des dialogues signée Sophie Servais et une adaptation des chansons par Marie-Line Landerwyn. Côté vidéo, le film est sorti en DVD et Blu-ray au Japon le 18 décembre 2019, puis en Amérique du Nord le 17 novembre 2020.


L'héritage : le film qui a fait basculer la saga sur le streaming

C'est par ce film que la saga cinéma Pokémon est passée du grand écran aux plateformes. Le vingt-troisième et dernier long métrage suivra exactement le même chemin en France, sur Netflix, et la formule du film annuel en salles s'arrêtera là. Rétrospectivement, Évolution marque donc une bascule industrielle autant qu'une expérience technique.

Sur le fond, le film n'a rien ajouté à la mythologie de la série, et ce n'était pas son but. Sa valeur est celle d'une porte d'entrée : il permet à un enfant de 2020 de découvrir l'histoire fondatrice de Mewtwo sans buter sur une animation de 1998, et il donne aux nostalgiques l'occasion de revoir leur film avec un autre relief.

🎁 Mewtwo, Mew, Pikachu : les figures du film ont toutes leur place dans notre rayon de figurines Pokémon.

Reste une question ouverte, que le film pose sans y répondre : faut-il refaire les classiques d'une saga ou en écrire de nouveaux ? La franchise a tranché de fait, puisque l'expérience n'a pas été renouvelée. Aucun autre film Pokémon n'a été refait depuis, et le long métrage suivant est revenu au dessin traditionnel.


Mewtwo contre-attaque – Évolution en un coup d'œil

Élément Détail
Numéro dans la saga 22e long métrage d'animation Pokémon
Titre français Pokémon : Mewtwo contre-attaque – Évolution
Titre japonais ミュウツーの逆襲 EVOLUTION (Myūtsū no gyakushū Evolution)
Nature du film Remake intégral du premier film de 1998, en images de synthèse
Avant-première mondiale 4 juillet 2019, Anime Expo de Los Angeles, en version japonaise sous-titrée
Sortie japonaise 12 juillet 2019, au cinéma, distribution Toho
Sortie française 27 février 2020, directement sur Netflix, jamais en salles
Pourquoi cette date Le 27 février est le Pokémon Day, anniversaire des jeux Pocket Monsters Rouge et Vert (1996)
Réalisation Kunihiko Yuyama et Motonori Sakakibara
Scénario Takeshi Shudō, d'après son texte du film de 1998
Studios d'animation OLM, OLM Digital et Sprite Animation Studios
Musique Shinji Miyazaki
Durée 98 minutes
Pokémon vedettes Mewtwo et Mew, troisième film mettant Mewtwo en scène
Recettes japonaises 2,98 milliards de yens de recette brute en salles (Eiren)

Questions fréquentes

  • Le 22e film est-il le même que celui de 1998 ?
    C'est la même histoire, mais pas le même film. Pokémon : Mewtwo contre-attaque – Évolution, sorti au Japon le 12 juillet 2019, est un remake intégral du premier long métrage de la saga, refait en images de synthèse. Il suit l'original de très près, sans en modifier la trame ni l'issue.
  • Quel est le titre français exact du film ?
    Pokémon : Mewtwo contre-attaque – Évolution. C'est le premier film de la saga à porter officiellement le nom « Mewtwo contre-attaque » en France : le long métrage de 1998, lui, s'intitule simplement Pokémon : Le film, et n'a jamais porté ce sous-titre lors de son exploitation française en salles.
  • Où et quand le film est-il sorti en France ?
    Le 27 février 2020, directement sur Netflix. Il n'est jamais passé par les salles françaises. C'est le premier long métrage de la saga à sortir de cette manière à l'international, et le premier film Pokémon proposé en France en version japonaise sous-titrée en plus de sa version doublée.
  • Pourquoi le film est-il sorti un 27 février ?
    Parce que le 27 février est le Pokémon Day : c'est la date de sortie japonaise des tout premiers jeux de la série, Pocket Monsters Rouge et Vert, le 27 février 1996. Faire sortir le remake du premier film ce jour-là était un choix symbolique de la part de The Pokémon Company.
  • Le film est-il entièrement en images de synthèse ?
    Oui. C'est le premier long métrage Pokémon produit intégralement en trois dimensions : personnages, Pokémon, décors et effets sont modélisés. L'animation a été assurée par OLM et OLM Digital, avec le renfort de Sprite Animation Studios, studio spécialisé dans l'image de synthèse.
  • Faut-il avoir vu le film de 1998 avant celui-ci ?
    Non, le film se suffit à lui-même puisqu'il raconte exactement la même histoire. Voir les deux permet surtout de comparer deux techniques d'animation à vingt et un ans d'écart. À noter que la version française du film de 1998 est un montage occidental amputé d'une partie du prologue japonais.
  • Qui a réalisé Mewtwo contre-attaque – Évolution ?
    Le film est co-réalisé par Kunihiko Yuyama, réalisateur historique de la saga cinéma Pokémon depuis 1998, et par Motonori Sakakibara, venu de l'image de synthèse. Le scénario reste crédité à Takeshi Shudō, auteur du film original, disparu en 2010.

En résumé

Mewtwo contre-attaque – Évolution est moins un film qu'un exercice de restauration. La saga y rejoue son propre récit fondateur avec des outils que ses auteurs de 1998 n'avaient pas, quitte à raviver le débat sur ce que l'on gagne et ce que l'on perd en passant du dessin au volume. C'est aussi, sans qu'on l'ait vu venir à l'époque, le film qui a fait basculer la série vers le streaming : le suivant sortira lui aussi directement sur Netflix, et ce sera le dernier.
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