Leaf — Artwork de Green pour Pokémon Let's Go, Pikachu et Let's Go, Évoli

Leaf : l'héroïne de Kanto restée quinze ans sans nom

2323 mots | Temps de lecture : 11 minute(s)

Choisir Leaf, c'est effacer Red. Les deux protagonistes de Rouge Feu et Vert Feuille ne coexistent jamais : l'un prend la place de l'autre, et Kanto se traverse exactement de la même façon. Le personnage a pourtant attendu quinze ans un nom officiel, et il a fallu 2018 pour le revoir à l'écran — sous une autre identité, et cette fois en face du joueur.

Sommaire


Rouge Feu et Vert Feuille : le voyage de Kanto, sans Red

Le départ est celui que tout le monde connaît. Leaf habite Bourg Palette chez sa mère, et le jour où elle décide de partir, le Professeur Chen l'intercepte dans les herbes hautes, un peu au nord du village. Il la conduit au laboratoire, où Blue, le voisin qui lui tient lieu de rival, patiente déjà. Chacun repart avec un Pokémon, et le tout premier duel s'enchaîne dans la foulée.

Le Pokédex, lui, se mérite : elle doit passer par la Boutique Pokémon de Jadielle pour y retirer un colis, qu'elle rapporte ensuite au savant en échange de l'appareil. Commence alors la traversée de Kanto et des Îles Sevii, avec sur la route les Champions d'Arène, la Team Rocket et un Blue qui exige un combat chaque fois qu'il l'aperçoit.

L'équipe se ramasse lieu par lieu : le Pokémon de départ pris dans le trio de Kanto — Bulbizarre, Salamèche ou Carapuce —, l'Évoli du Manoir Céladon, le fossile du Mont Sélénite, le Lokhlass remis dans les bureaux de la Sylphe SARL, et Mewtwo tapi au fond de la Caverne Azurée. Une seule chose sépare vraiment ce parcours de celui de Red : prendre Leaf pour héroïne supprime purement et simplement son pendant masculin du récit.


La fille en noir : quinze ans avant d'avoir un prénom

Le personnage existe en image bien avant d'exister en jeu. La couverture du guide officiel d'avril 1996, dessinée par Ken Sugimori, montre une Dresseuse sans nom, Carapuce à ses pieds, en vis-à-vis des deux rivaux de Bourg Palette ; la même illustration resservira pour la réédition japonaise consacrée à Pokémon Bleu. L'auteur a expliqué depuis qu'il transposait simplement une impasse mexicaine dans l'univers Pokémon, sans la moindre intention de doter les jeux d'une héroïne jouable.

Cette fille en noir a ensuite ressurgi par vagues. Emiko Yoshino la redessine pour le magazine Pokémon Craft DX ; Verte, entrée dans Pocket Monsters Special en mars 1997, s'en inspire directement ; puis vient Leaf, en 2004. Il faut ensuite attendre Let's Go, Pikachu et Let's Go, Évoli, en 2018, pour la revoir — rebaptisée Green, avec une silhouette qui cite ouvertement l'illustration de 1996. Le dessinateur l'a confirmé lui-même dans un message daté de novembre 2012 : le pendant féminin de Red vient bien de cette Dresseuse sans nom, à laquelle il n'avait jamais réussi à en donner un.

Le prénom Leaf, lui, a longtemps circulé sans statut. Les joueurs l'avaient repéré à trois endroits : les fichiers internes du jeu, l'écran typographique du début de partie qui propose des prénoms tout faits, et la bande-annonce de l'E3 2004 où l'héroïne le porte déjà — d'où sa circulation dans les communautés de fans. L'officialisation n'est venue que quinze ans plus tard, quand Pokémon Masters EX, puis les figurines de Kotobukiya et de Bandai, ont eu besoin d'un nom à inscrire. Cette liste de prénoms tout faits réserve une curiosité : Flo et Marion y voisinent avec Green, Red et Fire — deux emprunts à la Championne de Vestigion et à la spécialiste du type Ténèbres au Conseil 4 de Johto.


Green : le retour, la rancune et Mewtwo

Dans Let's Go, elle n'arrive qu'une fois la partie pliée. Green est réservée au post-scénario : il faut avoir vaincu la Ligue Indigo une première fois et capturé Mewtwo pour la croiser. C'est Trace qui vend la mèche, en évoquant une fille partie chasser un Pokémon puissant aux abords de la Caverne Azurée : il l'a vue disparaître à l'intérieur sans jamais l'en voir sortir. Elle patiente exactement là où se tenait le légendaire.

La rencontre s'ouvre par une gifle symbolique : elle envoie une Poké Ball au visage du joueur, persuadée d'avoir un Pokémon en face d'elle. Quand elle apprend qu'on lui a soufflé Mewtwo, le combat démarre sans préavis. Vaincue, elle laisse en gage les deux Méga-Gemmes réservées au Pokémon Psy, tente encore d'enfermer son vainqueur dans une Poké Ball, puis prend la fuite. Le même rituel se rejoue à Azuria, à raison d'une fois par jour, où elle vise autant la revanche que la possession du duo.

La garde-robe change en même temps que le nom. Le bob blanc à liseré rouge, clin d'œil à l'Honor Ball, le débardeur bleu clair, la jupe rouge et le havresac ocre du jeu d'origine passent à la trappe ; Green se présente tête nue, en maillot noir enfilé sur un débardeur et mini-short turquoise, avec des baskets noires dont les semelles répondent aux socquettes.

Green dans Pokémon Let's Go
Elle est réservée au post-scénario : il faut avoir plié la Ligue Indigo pour la croiser.

« La découverte » : la traque de Mewtwo à l'écran

L'animation lui a consacré un épisode, « La découverte », dans Pokémon Évolutions, entièrement bâti autour de cette chasse. Elle apparaît sur le Pont Pépite, carte en main pour situer la Caverne Azurée et Mewtwoïtes X et Y au fond du sac, jumelles braquées sur l'entrée de la grotte, où elle repère Trace et son Roucarnage. Les cinq Dresseurs qui gardent le pont veulent l'arrêter : elle les expédie l'un après l'autre.

La grotte tourne à la démonstration. Un lac se franchit juchée sur son Tortank, Têtarte et Tartard écartés au passage ; un gouffre se traverse suspendue à une stalactite avec son Empiflor, qui balaie ensuite, à grands renforts de Tranch'Herbe, la nuée de Nosferalto immobilisant son rival. À l'entrée, une volée de Nosferapti l'avait pourtant cueillie, et c'est Trace qui l'en avait sortie.

Le dénouement est sans pitié. Une silhouette suspecte qu'elle prend pour Mewtwo reçoit sa Poké Ball : c'est en réalité Elaine, la nouvelle Dresseuse du légendaire ; le duel qui suit voit son Tortank méga-évoluer sans peser un instant. Green admet sa défaite, cède ses Méga-Gemmes, propose quand même à la gagnante et à son Pokémon de devenir « ses Pokémon », puis se sauve. Elle s'en tire pourtant bien : le Pokédex du Professeur Chen a été bouclé grâce à ses deux rivaux, et la scène finale la montre souriante dans les prés de Bourg Palette.


Six Pokémon, cinq Duos et une combattante Smash

Six espèces lui sont attachées : Ectoplasma, Empiflor, Feunard, Kangourex, Mélodelfe et Tortank. Le dernier est son Pokémon de prédilection, et c'est bien lui qu'on retrouve à l'écran, du lac de la Caverne Azurée à la Méga-Évolution manquée.

Le jeu mobile Pokémon Masters EX l'a intégrée le 22 janvier 2020, en trois tenues. Dans sa tenue d'origine, son Duo standard l'associe à Évoli, un deuxième la met avec Mélodelfe — accessible une fois atteint le niveau d'amitié 100 au Salon des Dresseurs — et un troisième lui confie un Tortank capable de Dynamax. Le Look Ultime la place derrière un Florizarre qui méga-évolue, la panoplie de Néo-Maître derrière un Sulfura.

Depuis 2018, elle est aussi jouable hors des jeux Pokémon. Le cinquième Super Smash Bros. l'affiche sous l'étiquette « Dresseuse de Pokémon », pendant féminin du combattant Dresseur : elle reste en retrait pendant que se relaient trois chromatiques, Carapuce, Herbizarre et Dracaufeu. Il faut d'abord débloquer son homologue masculin, puis faire défiler ses apparences alternatives. Quatre coloris sont proposés : le sien, plus trois calqués sur Flora, Ludvina et Selene — et elle existe par ailleurs sous forme d'esprit.

🔥 Son Pokémon de prédilection a son rayon : voir les articles Tortank.


Verte et Blue : ses doubles de papier

Pocket Monsters Special lui donne un alter ego prénommé Verte. Dresseuse autodidacte née à Bourg Palette et ancienne prisonnière de l'Homme Masqué, elle connaît toutes les techniques permettant de faire évoluer un Pokémon. Au Japon, cette même héroïne porte le nom de Blue — celui que la version française attribue au rival.

Kosaku Anakubo la récupère lui aussi, sous le nom de Blue, dans sa relecture de Pokémon Rubis et Saphir. Celle-là vit à Hoenn et doit suspendre son aventure faute de parents disposés à la laisser partir. Red et son Mélofée débarquent chez elle au chapitre 24 ; la corvée de ménage qu'elle leur confie n'est qu'une ruse pour nourrir en cachette un Salamèche interdit de maison.

La suite vire au désastre domestique. Salamèche disparaît sous l'averse, Blue se blesse en trébuchant sur une racine et rentre portée par le Debugant de Red, qui barricade la chambre avec un tronc d'arbre avant de négocier avec le père. Le lézard finit par être admis dans la maison, que Mélofée réduit aussitôt en miettes à la dynamite. Dernier piège de nomenclature : chez Anakubo, Green ne désigne pas Leaf, mais le petit-fils de Chen.


Leaf en un coup d'œil

Élément Détail
Rôle Personnage féminin jouable de Rouge Feu et Vert Feuille
Origine Bourg Palette, chez sa mère
Autre nom Green, en personnage non joueur dans Let's Go, Pikachu et Let's Go, Évoli
Pokémon de prédilection Tortank
Équipe documentée Ectoplasma, Empiflor, Feunard, Kangourex, Mélodelfe, Tortank
Nom officialisé Quinze ans après Rouge Feu et Vert Feuille, pour Pokémon Masters EX et les figurines
Jeu de cartes Exploration de Leaf, extension Alliance Infaillible, 3 mai 2019 en France

Questions fréquentes

  • Leaf et Red peuvent-ils coexister ?
    Non dans les jeux principaux : prendre Leaf comme protagoniste de Rouge Feu et Vert Feuille fait disparaître Red de l'histoire. Ils se retrouvent en revanche face à face dans la bande-annonce de Pokémon Battle Revolution, où elle lui oppose un Groudon et un Pikachu, alors qu'aucun des deux Dresseurs ne figure dans le jeu sorti sur Wii.
  • Leaf et Green sont-elles le même personnage ?
    Oui. Green est le nom sous lequel Leaf revient, en personnage non joueur, dans Let's Go, Pikachu et Let's Go, Évoli, avec un design qui renvoie à la Dresseuse anonyme dessinée par Ken Sugimori pour la couverture du guide de 1996.
  • Que rapporte la victoire sur Green dans Let's Go ?
    Les deux Méga-Gemmes propres à Mewtwo. Elle tente ensuite d'attraper le joueur à la Poké Ball avant de s'enfuir, et peut être réaffrontée à Azuria une fois par jour.
  • Leaf est-elle jouable dans Super Smash Bros. ?
    Oui, dans le cinquième opus, sous les traits de la Dresseuse de Pokémon. Il faut débloquer le Dresseur puis faire défiler ses apparences alternatives ; elle dirige un Carapuce, un Herbizarre et un Dracaufeu chromatiques, dispose de quatre coloris et apparaît aussi sous forme d'esprit.
  • Qui est Verte dans les mangas ?
    C'est l'alter ego de Leaf dans Pocket Monsters Special : une Dresseuse autodidacte née à Bourg Palette, ancienne prisonnière de l'Homme Masqué, qui maîtrise toutes les techniques d'évolution. L'édition japonaise la nomme Blue.

En résumé

Née d'un dessin qui ne cherchait pas à la créer, restée quinze ans sans nom officiel, Leaf n'est revenue que pour jouer les rivales acharnées. Choisir Leaf, c'est effacer Red : les deux ne coexistent jamais dans le récit de Kanto, et pourtant tout se passe à l'identique, du paquet de Jadielle au fond de la Caverne Azurée. Entre une couverture de guide de 1996, un post-scénario obsédé par Mewtwo et deux mangas qui l'appellent Blue, son histoire tient surtout à un jeu de noms que la licence n'a jamais complètement tranché.

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