Pikachu et Évoli, artwork de Pokémon Let's Go

Pokémon Let's Go, Pikachu et Let's Go, Évoli : Kanto à la sauce Pokémon GO

3185 mots | Temps de lecture : 15 minute(s)

Ce sont des jeux de la série principale. Ils ont un Pokédex, huit arènes, un Conseil 4 et un Maître à battre. Et pourtant, on n'y affronte plus les Pokémon sauvages : on les attrape à la main, comme sur un téléphone. Voilà l'objet le plus déroutant de toute la licence.

Sommaire


Nintendo Switch, 16 novembre 2018 : Pokémon change de salon

Pokémon Let's Go, Pikachu et Pokémon Let's Go, Évoli sortent le 16 novembre 2018 dans le monde entier, sur Nintendo Switch. Ce sont les premiers jeux de la série principale à quitter les consoles portables pour un appareil que l'on branche aussi sur un téléviseur.

Ils s'appuient sur Pokémon Jaune, la version augmentée de 1998 dans laquelle un Pikachu suivait déjà le héros. Kanto est donc remis en scène quatorze ans après Rouge Feu et Vert Feuille, mais avec une intention complètement nouvelle : servir de passerelle entre Pokémon GO et les jeux classiques.

Sac à Dos Peluche Pokémon - Évoli
Sac à Dos Peluche Pokémon - Évoli
Sac à Dos Peluche Pokémon - Évoli

Le calendrier est parlant. Pokémon GO avait déclenché un phénomène mondial deux ans plus tôt, et des millions de joueurs découvraient la licence sans avoir jamais touché une cartouche. Ces deux jeux sont conçus pour eux, et pour les nostalgiques de 1996 : tout le monde sauf les habitués.

Le pari a été payant : 15,07 millions d'exemplaires selon le relevé de décembre 2022, ce qui les place parmi les meilleures ventes de la Nintendo Switch, tout en restant loin derrière Épée et Bouclier puis Écarlate et Violet.


Des jeux de la série principale, malgré les apparences

Le point mérite d'être tranché, parce qu'il revient sans arrêt : ce ne sont pas des spin-off. Let's Go, Pikachu et Let's Go, Évoli constituent le troisième et dernier duo de jeux de la série principale de la septième génération, au même titre que Soleil et Lune.

Ils en ont tous les attributs : un Pokédex régional, huit arènes à conquérir, un Conseil 4, un rival, une organisation criminelle à démanteler et une Ligue à remporter. Les combats entre dresseurs se déroulent au tour par tour, exactement comme d'habitude.

Ce qui change, c'est le rapport aux Pokémon sauvages, et une longue liste de systèmes retirés. Le squelette est celui d'un jeu Pokémon classique ; la chair est celle d'un jeu mobile, et c'est cette hybridation qui a divisé le public.

Autre conséquence : ces cartouches vivent un peu à part dans l'écosystème de la licence. Elles dialoguent avec Pokémon GO d'un côté et avec le service de stockage en ligne de l'autre, mais un Pokémon capturé ici ne peut pas voyager librement vers n'importe quel autre jeu.


La capture façon Pokémon GO : ce que cela change vraiment

Les Pokémon sauvages ne sortent plus des hautes herbes par surprise : ils se promènent à l'écran, visibles, et l'on choisit lesquels approcher. Fini les rencontres aléatoires, fini les répulsifs employés en désespoir de cause.

Au contact, aucun combat ne s'engage. Un cercle de visée apparaît, on lance sa Ball au bon moment, avec le mouvement du Joy-Con ou une simple visée à l'écran, en s'aidant de baies pour calmer la cible. Le Pokémon sauvage ne riposte jamais.

Il y a toutefois des exceptions importantes, et elles comptent : certains Pokémon dits interactifs — les Électrode, les Ronflex qui bloquent la route et tous les légendaires — doivent d'abord être vaincus en combat avant de pouvoir être capturés.

La capture rapporte de l'expérience à toute l'équipe, y compris aux Pokémon au repos, ce qui remplace complètement le rôle des combats sauvages dans la progression. Enchaîner les captures d'une même espèce active un combo qui améliore les statistiques, la rareté et les chances de croiser un chromatique.

Le résultat est une aventure beaucoup plus douce, où l'on ne perd jamais de points de vie contre un Rattata, mais aussi une aventure où l'on ne teste jamais son équipe hors des combats de dresseurs. C'est le cœur du débat autour de ces jeux.


La longue liste de ce qui a été retiré

Les talents disparaissent purement et simplement. Aucun Pokémon n'a de talent dans Let's Go, ce qui supprime d'un coup une couche entière de stratégie présente depuis la troisième génération.

Les objets tenus disparaissent aussi, de même que l'élevage : il n'y a ni Pension, ni Œufs, ni transmission de capacités entre parents. Impossible, donc, de fabriquer un Pokémon sur mesure comme dans les autres jeux.

Le cycle jour et nuit est absent, une partie des capacités a été retirée — dont toutes les capacités Z et les attaques de météo — et les points d'effort cèdent la place à un système de bonbons, récoltés en capturant, que l'on donne à ses Pokémon pour faire monter leurs statistiques.

Enfin, les capacités secrètes n'existent plus. Elles sont remplacées par cinq Techniques Secrètes — Tranchage, Envol, Navigation, Main-Forte et Lumière — que le Pokémon partenaire exécute sans occuper le moindre emplacement d'attaque.

Mises bout à bout, ces suppressions expliquent pourquoi les joueurs de longue date ont eu l'impression d'un jeu amputé, tandis que les nouveaux venus y ont vu une entrée en matière limpide.


Ce que ces jeux permettent vraiment

Les combats de dresseurs, eux, sont intacts : niveaux, types, statuts, changements d'équipe, tout le système au tour par tour fonctionne normalement contre les personnages non joueurs. Les arènes de Kanto et le Conseil 4 se jouent comme dans n'importe quel Pokémon.

La Méga-Évolution est présente, réservée aux Pokémon de la première génération qui en possèdent une : Dracaufeu, Tortank, Florizarre, Alakazam ou Mewtwo retrouvent leurs formes de X et Y.

Les échanges et les combats en ligne restent possibles, et un contenu d'après-Ligue attend les plus tenaces : les Experts Pokémon, disséminés dans toute la région, qui ne possèdent qu'un seul Pokémon d'une espèce donnée et le manient avec des attaques inattendues.

On peut aussi faire suivre n'importe quel Pokémon derrière soi, ou chevaucher les plus grands d'entre eux — Onix, Léviator ou Ptéra — pour traverser Kanto en selle plutôt qu'à pied.


Le partenaire, et un Pokédex de 153 espèces

Selon la version, un Pikachu ou un Évoli devient le compagnon permanent du héros, perché sur son épaule ou sur sa tête. Ce partenaire est un spécimen à part : il ne peut pas évoluer, ne peut pas être déposé en boîte, et gagne des statistiques bonus.

Il dispose surtout de capacités que personne d'autre n'apprend : trois pour Pikachu, huit pour Évoli, couvrant des types que ces espèces n'auraient jamais dû manier. Ces attaques exclusives compensent largement l'impossibilité de les faire évoluer.

Le Pokédex, lui, s'arrête à 153 espèces : les 151 Pokémon de la première génération, plus Meltan et Melmetal. Aucune créature des générations suivantes n'apparaît, ce qui donne à ces jeux un parfum de 1996 très assumé.

Les formes d'Alola des Pokémon de Kanto sont bien présentes, mais elles ne se trouvent pas dans la nature : il faut les obtenir auprès des personnages qui les échangent, ou les faire venir de Pokémon GO. Une manière détournée de rappeler que les deux jeux se parlent en permanence.

Le Pokédex de Kanto
Let's Go s'en tient aux 151 espèces d'origine, plus Meltan et Melmetal.

Le pont avec Pokémon GO, Meltan et Melmetal

Le Parc Safari de Kanto est remplacé par les GO Park, une série d'enclos dans lesquels on dépose les Pokémon transférés depuis Pokémon GO — jusqu'à mille créatures, réparties par parcelles, que l'on peut ensuite récupérer dans son équipe.

Seules les espèces de Kanto et leurs formes d'Alola peuvent faire le voyage, et le transfert est définitif : un Pokémon envoyé depuis l'application ne revient pas. En échange, l'opération remplit des bonbons et débloque la surprise de ces jeux.

Cette surprise s'appelle Meltan. Ce petit boulon liquide est apparu d'abord dans Pokémon GO, sans explication, avant d'être identifié comme un Pokémon fabuleux inédit — le premier jamais révélé par une application mobile plutôt que par un jeu de console.

En accumulant assez de Meltan dans Pokémon GO, on obtient son évolution, Melmetal, un colosse d'acier qui ne peut être créé nulle part ailleurs. Ces deux-là referment la septième génération et sont, à ce jour, les seuls Pokémon nés d'un jeu mobile.

Melmetal
Meltan et Melmetal ne s'obtiennent qu'en passant par Pokémon GO : c'est là tout le pont entre les deux jeux.

Jouer à deux, et la Poké Ball Plus

Grande première : deux personnes peuvent jouer en même temps sur le même écran. Il suffit de tendre un Joy-Con à un second joueur, qui rejoint la partie instantanément, capture avec vous et se bat à vos côtés en combat double improvisé.

L'idée est simple mais elle change tout pour les familles : un enfant peut découvrir la série accompagné d'un parent, sans deuxième console ni deuxième cartouche. Aucun jeu Pokémon principal n'avait proposé cette coopération à deux mains.

Un accessoire optionnel accompagne la sortie : la Poké Ball Plus, une Ball à échelle réelle qui sert de manette, vibre, s'éclaire et permet de promener un Pokémon avec soi comme un podomètre. Chaque exemplaire contient en outre un Mew.

C'est l'un des rares cas où un objet dérivé donne accès à un Pokémon fabuleux introuvable autrement dans le jeu — un choix commercial largement critiqué, mais qui a fait de l'accessoire un objet de collection.


Les exclusivités de version

La différence la plus visible est le partenaire, annoncé dès le titre : Pikachu d'un côté, Évoli de l'autre. Comme il ne peut pas évoluer, ce choix engage toute la partie, y compris les capacités exclusives dont on disposera.

Côté sauvage, Let's Go, Pikachu réserve Sabelette, Mystherbe, Férosinge, Caninos, Tadmorv et Insécateur.

Let's Go, Évoli propose en face Abo, Goupix, Miaouss, Chétiflor, Smogo et Scarabrute, ainsi que leurs évolutions respectives.

Ce sont, à quelques ajustements près, les exclusivités historiques de Rouge et Bleu, reconduites presque telles quelles. Compléter le Pokédex des 151 exige donc, comme en 1996, un échange avec quelqu'un qui possède l'autre boîte.


Ce qui a marqué les joueurs, et ce qu'il en reste

Le sentiment le plus partagé est celui d'un objet magnifique et frustrant. Kanto n'a jamais été aussi beau, les Pokémon qui gambadent à l'écran font leur effet, mais l'absence de talents et de combats sauvages laisse un goût d'inachevé aux joueurs expérimentés.

À l'inverse, la fonction d'initiation a parfaitement fonctionné. Beaucoup de parents et d'enfants sont entrés dans la série par ces deux cartouches, et le mode à deux joueurs y est pour beaucoup — c'est probablement le jeu Pokémon le plus accueillant jamais produit.

L'héritage technique est net : les Pokémon visibles sur la carte, introduits ici à grande échelle, sont devenus la norme dans tous les jeux principaux qui ont suivi. Les rencontres aléatoires dans les hautes herbes, elles, ont pratiquement disparu.

Meltan et Melmetal ont fait souche également, en prouvant qu'un Pokémon pouvait naître ailleurs que sur console. Et l'idée de faire dialoguer un jeu de salon avec une application mobile n'a plus jamais été abandonnée.

Reste enfin l'attachement au duo vedette. Si vous voulez prolonger la partie hors de l'écran, les rayons Pikachu et Évoli reprennent exactement là où le jeu s'arrête.


Let's Go, Pikachu et Let's Go, Évoli en un coup d'œil

Élément Détail
Console Nintendo Switch
Sortie mondiale 16 novembre 2018
Statut Jeux de la série principale, troisième duo de la septième génération
Inspiration Pokémon Jaune, sorti en 1998, dans la région de Kanto
Capture À la Ball, sans combat, sur des Pokémon visibles à l'écran
Exceptions Électrode, Ronflex et les légendaires se battent avant d'être capturés
Combats de dresseurs Inchangés, au tour par tour
Retiré Talents, objets tenus, élevage et Œufs, cycle jour-nuit, capacités Z et de météo
Remplacé Les points d'effort cèdent la place à des bonbons récoltés en capturant
Capacités secrètes Remplacées par cinq Techniques Secrètes : Tranchage, Envol, Navigation, Main-Forte et Lumière
Pokédex 153 espèces : les 151 de la première génération, plus Meltan et Melmetal
Lien avec Pokémon GO Les GO Park accueillent jusqu'à mille Pokémon de Kanto transférés
Jeu à deux Un second joueur rejoint la partie en prenant un Joy-Con
Accessoire La Poké Ball Plus, qui contient un Mew
Ventes 15,07 millions d'exemplaires au 31 décembre 2022

Questions fréquentes

  • Let's Go, Pikachu et Let's Go, Évoli sont-ils des jeux de la série principale ?
    Oui. Ce ne sont pas des spin-off : ils constituent le troisième et dernier duo de jeux de la série principale de la septième génération. Ils ont un Pokédex régional, huit arènes, un Conseil 4, un rival et une organisation criminelle, et les combats de dresseurs s'y déroulent au tour par tour comme d'habitude. Ce sont les règles autour des Pokémon sauvages qui changent radicalement.
  • Peut-on combattre les Pokémon sauvages dans Let's Go ?
    Non, pas dans le cas général : les Pokémon sauvages se promènent à l'écran et se capturent directement à la Ball, sans combat ni riposte. Il existe cependant des exceptions notables, appelées Pokémon interactifs : les Électrode, les Ronflex qui bloquent la route et tous les légendaires doivent d'abord être vaincus en combat avant de pouvoir être capturés.
  • Qu'est-ce qui a été retiré par rapport aux autres jeux Pokémon ?
    Beaucoup de choses : les talents, les objets tenus, l'élevage et les Œufs, le cycle jour et nuit, une partie des capacités dont toutes les capacités Z et les attaques de météo. Les points d'effort sont remplacés par un système de bonbons, récoltés en capturant, que l'on donne à ses Pokémon pour faire monter leurs statistiques. Les capacités secrètes cèdent la place à cinq Techniques Secrètes exécutées par le Pokémon partenaire.
  • Comment obtient-on Meltan et Melmetal ?
    Meltan est apparu d'abord dans Pokémon GO, avant d'être identifié comme un Pokémon fabuleux inédit. Il se récupère en reliant Let's Go à l'application mobile, puis en accumulant assez de spécimens dans Pokémon GO pour obtenir son évolution, Melmetal. Ce sont à ce jour les seuls Pokémon nés d'un jeu mobile, et ils portent le Pokédex de Let's Go à 153 espèces.
  • Peut-on jouer à deux dans Let's Go, Pikachu et Let's Go, Évoli ?
    Oui, et c'est une première pour un jeu Pokémon de la série principale. Il suffit de tendre un Joy-Con à une seconde personne, qui rejoint aussitôt la partie sur le même écran : elle capture avec vous et combat à vos côtés. Aucune deuxième console ni deuxième cartouche n'est nécessaire.
  • Quelle est la différence entre Let's Go, Pikachu et Let's Go, Évoli ?
    Le partenaire change, et il ne peut pas évoluer : Pikachu d'un côté avec trois capacités exclusives, Évoli de l'autre avec huit. Les Pokémon sauvages diffèrent aussi, sur le modèle de Rouge et Bleu : Sabelette, Mystherbe, Férosinge, Caninos, Tadmorv et Insécateur dans Let's Go, Pikachu, face à Abo, Goupix, Miaouss, Chétiflor, Smogo et Scarabrute dans Let's Go, Évoli.

En résumé

Let's Go, Pikachu et Let's Go, Évoli sont des jeux de la série principale qui en appliquent à peine la moitié des règles. Sans talents, sans élevage et sans combats sauvages, ils déroutent les habitués — et c'est précisément ce qui en fait la meilleure porte d'entrée jamais construite pour la licence.

Le temps leur a donné raison sur un point au moins : les Pokémon visibles sur la carte, essayés ici à grande échelle, sont devenus la norme de toute la série. Kanto n'aura jamais été aussi accueillant.

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